Lire au féminin – mai 2021

Le mois de mai m’a semblé compliqué et court. Je me suis fait une très grosse et moche entorse à la cheville, me faisant perdre la notion du temps pendant quasiment quatre semaines. Je n’ai rien lu, rien regardé en film/série, rien cuisiné et je ne suis allée nulle part. Lorsque j’ai brutalement pris conscience de ce temps disparu, j’ai un peu émergé et j’ai recommencé à lire à défaut de pouvoir partir en balade. Par contre, j’ai vraiment privilégié les lectures légères et faciles.

Pour rappel, les liens vous permettent de passer commande en ligne ou de relever les références complètes, tout en évitant Amazon quand c’est possible. Ce sont des liens affiliés.

Le racisme est un problème de blancs

le racisme est un problème de blancsCet essai, le racisme est un problème de blancs, est un titre qui revient souvent quand on veut déconstruire sa pensée, comprendre ce qu’est le privilège blanc et pourquoi le racisme n’est pas qu’un truc réservé aux États-Unis. J’avais donc très envie de le lire, mais j’ai mis un peu de temps à me le procurer. Ce détail est important car du coup, j’ai commencé mes découvertes avec un autre livre, Petit manuel antiraciste et féministe.

Dans les deux cas, les essais ont été écrits par des femmes. Reni Eddo-Lodge est britannique et elle prend le temps d’ancrer sa réflexion dans des exemples ultra-concrets. En tant que française, c’est un peu rageant car j’aurai voulu en apprendre tout autant sur la France. Par contre, tout est vraiment expliqué pas à pas et on peut lire ce livre sans jamais avoir réfléchi à la question du racisme avant.

Le truc, c’est que moi, j’avais déjà lu, donc j’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs. C’est pourquoi au final j’ai préféré le texte de la brésilienne Djamila Ribeiro. C’est plus synthétique mais au moins l’autrice va droit au but.

Des filles et des femmes badass

C’est une expression qui j’utilise ponctuellement et que ma fille dit maintenant tout le temps. Tellement, que j’ai fini par vérifier dans le dictionnaire que je n’avais pas dit une bêtise car cela semble surprendre tout le monde quand elle l’utilise.

Une fille badass est un peu comme une fille rebelle (du livre Histoires du soir pour filles rebelles, même si le sous-titre signale « femmes extraordinaires » et non « rebelles ») mais en mieux. La fille rebelle, et bien, elle est rebelle, elle est donc en lutte contre un truc. Alors que chez nous, la fille badass est juste quelqu’un qui sait ce qu’elle veut et qui avance. Ça peut être dans son coin, sans gêner personne, ou en public.

Ce mois-ci, j’ai rencontré dans mes livres plein de filles et femmes de ce style là !

Nellie Bly, première journaliste d’investigation, bande dessinée de Luciana Cimino et Sergio Algozzino [BD ado – adulte]
BD Nellie BlySi Nellie Bly est américaine, cette bande dessinée est italienne. Le texte vient d’une femme, tandis que les illustrations ont été confiées a posteriori à un homme.

Le récit se déroule en 1921, Nellie Bly est âgée et elle vit seule. Mais une jeune femme, étudiante en journalisme fatiguée du sexisme dans son école, décide de la rencontrer pour écrire un article sur sa vie. Et voici comment de ces entretiens de fiction, l’autrice nous emmène dans le passé de Nellie Bly surtout connue pour avoir fait le tour du monde en moins de 80 jours, quelques années après la sortie du roman de Jules Verne.

J’ai trouvé la lecture agréable, l’ensemble bien raconté, mais je connaissais déjà trop Nellie Bly pour vraiment en profiter. J’aurai voulu en savoir beaucoup plus, sur certains moments à peine évoqués. Toutefois l’intérêt de cette bande dessinée est qu’elle met la journaliste dans son contexte. On y découvre les autres femmes journalistes et leur profil, comment le journalisme s’exerçait à l’époque, la concurrence qu’on lui a opposé.
Par ailleurs, c’est un beau livre, j’aime bien le style de l’illustrateur, le jeu sur les couleurs.

Alana et l’enfant vampire, roman de Cordélia [dès 9 ans]
alana et l'enfant vampireCe sont des romans comme ça que je veux pour le reste de ma vie ou en tout cas pour toute l’adolescence de ma fille.
Alana est fille de médiateurs, des humains chargés des relations avec les vampires et surtout de maintenir leur existence secrète.
Logiquement, maintenant qu’elle est au collège, Alana devrait à son tour apprendre le métier, mais elle est tout le temps laisser de côté.
Pendant un énième voyage de ses parents, sa meilleure amie Oli se met en tête de lui prouver que le nouvel élève de leur classe est un vampire. Un truc impossible puisque les enfants vampires n’existent pas, mais Alana va se laisser entraîner par son amie à défaut de lui expliquer la vérité.

Côté histoire, il faut aimer l’aventure et les vampires, ce qui chez nous est acquis.
Ce que j’ai apprécié, c’est tout ce que l’héroïne et narratrice nous raconte. Ses sentiments pour sa sœur, ses doutes, sa fatigue, ses douleurs qui lui pourrissent la vie mais il paraît que c’est normal elle grandit, l’obligation de passer aux toilettes pendant la récré car elle a ses règles. L’autrice normalise tout ça, comme si de rien n’était. Dans un roman pour pré-ado et ado, je trouve ça très important.

Pour le deuxième point, je le savais avant l’achat et j’ai fait celle qui l’ignorait en offrant le livre à Nine (qui l’a lu avant moi). La meilleure amie d’Alana se pose beaucoup de questions sur son genre et refuse son prénom féminin. Quand on lui pose pour la première fois la question, elle semble y réfléchir sérieusement (enfin c’est ce qu’on se dit car ce n’est pas vécu en direct dans le récit) et opte pour l’utilisation du pronom iel. Là encore, l’autrice ne s’étend pas sur le sujet, c’est là et puis c’est tout. Nine a adoré lire un récit avec le pronom iel dont elle connaissait l’existence.

Au fait, la fille badass de ce livre est bien Alana, apprentie médiatrice, collégienne, qui souffre de douleurs chroniques, qui a des idéaux et qui va les défendre.

Running girl, manga de Narumi Shigematsu en 3 tomes [dès 9 ans]
Running girlCertains le classent en manga pour ados, d’autres en adultes. Clairement, il est accessible même aux enfants.

Rin, jeune lycéenne, a du être amputée d’une partie de sa jambe. Elle ne s’habitue pas à son nouveau corps et son rééducateur décide de l’emmener dans un club sportif pour essayer autre chose. En découvrant qu’il est possible de courir en possédant une bonne prothèse (une lame, prothèse dédiée à la course), Rin décide de tout faire pour aller le plus vite possible.

Dans plein d’aspects, c’est un manga de sport classique, avec l’esprit d’équipe, la compétition, le dépassement de soi, le mentor, etc. L’originalité ici est le sujet des paralympiques. Comme toujours dans ce type de manga, le thème est vraiment fouillé et on apprend énormément. L’héroïne est aussi très sympathique avec une certaine naïveté et un enthousiasme finalement difficile à contenir.

Diana princesse des Amazones, comics de Victoria Ying, Shannon & Dean Hale [dès 6 ans]
Diana princesse des amazones, comics pour enfantsCette bande dessinée est issue d’une collection qui propose des comics aux enfants. Le lectorat ciblé est plutôt entre 6 et 12 ans, en attendant de pouvoir lire les comics originaux.

Diana, future Wonder Woman, a onze ans et elle est la seule enfant sur l’île de Themyscira. Elle s’ennuie de plus en plus, surtout que sa mère semble ne jamais avoir de temps pour elle. Son quotidien prend une tournure inattendue quand elle réussit à donner vie à une enfant de glaise.

J’ai craint une BD un peu nunuche, car il y a plein d’animaux partout et on voit Diana nager avec les dauphins. [Parenthèse : sur la couverture Diana tient un félin en laisse, ce qui est ridicule car elle fait tous pour protéger les animaux au sein de leur famille.]
C’est une BD assez gentille, pour les enfants, sur l’amitié, la solitude, les petites bêtises, les grosses bêtises et finalement sur le fait de se laisser entraîner alors même qu’on n’en a pas envie. Il y a tout de même des monstres et un combat final (c’est un livre DC Comics quand même). Les illustrations sont assez sympas et les visages expressifs.

Série Shayne Davies, d’un duo homme femme sous le pseudo Jackie May [roman adulte]
série Shayne DaviesJ’ai une faible pour les récits avec des dragons, des loups-garous, des vampires, bref pour la fantasy à la Tolkien ou la fantasy urbaine/contemporaine. Et j’en parle peu car les réactions me gonflent (merci Twilight). Pourtant, en cherchant de nouveaux titres, j’ai pris conscience d’un truc.
On classe toute la fantasy urbaine sous le terme bit-lit, la limitant à des histoires d’amour dans lesquelles une jeune femme finit par trouver en guise de prince charmant un vampire ou un loup-garou ultra sexy. Sauf que ces histoires valent autant que les romances Disney que je ne supporte pas.
Aujourd’hui certains auteurs et autrices proposent des récits dans lesquels l’héroïne trouve l’amour (ou pas du tout) et continue à mener sa vie (incluant de sauver quelques vies en général). Un concept totalement renversant pour certains, mais qui fait du bien. Des textes avec des mecs imparfaits (moralement car en général physiquement ils sont parfaits, il ne faut pas pousser) et des femmes qui ne choisissent pas d’être en couple pour devenir parfaite/complète/sauvée. Des femmes qui ont même déjà eu d’autres hommes dans leur vie avant.

Bref tout ça pour dire, que je viens de commencer la série Shayne Davies. Ce n’est pas parfait, mais il y a de l’humour, des vampires, des démons et des courses de voitures.

Un cœur gros comme une étoile, par Sarah Allen [dès 9 ans]
Un coeur gros comme une étoileCe livre m’a tout de suite fait de l’œil dans ma démarche d’inclure une plus grande diversité dans mes lectures.
Il s’agit d’un texte dit ownvoice, l’autrice et le personnage principal ont le syndrome de Turner. Cette maladie peut se présenter avec divers symptômes. Ce qui est mis en avant dans le roman pour l’héroïne est le fait d’être malentendante, le besoin de faire des injections tous les soirs (pour grandir), sa difficulté à interagir avec les autres, sa stérilité, son cou épais. Cependant ce n’est pas un roman sur la maladie.

Libby Monroe va vivre une année scolaire très mouvementée. Sa professeur d’anglais leur demande de travailler sur les personnes qui ne sont pas dans les manuels scolaires et mériteraient d’y être. Une nouvelle élève arrive en classe, en provenance des Samoa, et semble prête à devenir son amie. Sa grande sœur va avoir un bébé mais des soucis financiers l’obligent à passer sa grossesse dans la maison familiale, loin de son mari.
Alors Libby décide de faire un pacte avec l’univers afin de protéger sa future nièce et faire connaître à tous la scientifique Cecilia Payne-Gaposchkin.

C’est un livre dont la lecture est fluide est agréable. Libby est très attachante avec son obstination et ses doutes. C’est un beau récit sur l’amour entre deux sœurs, l’inquiétude que l’on ressent face à une naissance proche, l’amitié, les défis que l’on se lance.

Spéciale Kan Takahama

C’est suite à un article de Bidib que j’ai décidé de découvrir cette mangaka. Je n’avais lu jusqu’ici qu’un seul de ces livres, 2 expressos, et j’avais beaucoup apprécié. Du coup j’ai emprunté à la bibliothèque tout ce qui était en stock, soit trois mangas pour adulte.

Manga par Kan Takahama

Tokyo, amour et libertés
Ce manga suit un jeune homme, auteur de récit érotique pour la presse spécialisée, dans le Tokyo de l’entre-deux guerres. Il puise l’inspiration de ses sorties et son éditeur est toujours près à l’accompagner.
Finalement, il rencontre dans le cadre de son travail une jeune femme qui pose nue dans des ateliers de dessin. Ce n’est pas tout de suite le grand amour, mais c’est bien ça que le manga va nous raconter.

J’ai trouvé que ce livre était comme une carte postale. Une tranche de vie d’une époque révolue, les années folles. Pourtant progressivement le pays se prépare à une nouvelle guerre, la liberté s’amoindrit et le destin tragique s’en mêle.
J’aime beaucoup les dessins de Kan Takahama, même si je trouve que son héros ressemble beaucoup à celui du manga 2 expressos.

Le dernier envol du papillon
Au niveau graphisme et amour tragique, on retrouve la même ambiance que dans Tokyo, amour et libertés. Les similitudes sont renforcées par le fait que c’est la même collection, le même format et le même type de cadre noir.

Le récit se déroule dans un quartier des plaisirs vers 1860. On s’attache à celle qui est la plus femme de toute la région et de fil en aiguille, on apprend ce qui l’a poussée à choisir ce métier (alors que la majorité des femmes n’ont pas eu le choix).
C’était beau, triste et doux, mais je n’ai pas totalement accroché car j’ai trouvé ça trop proche de ma lecture précédente.

Mariko Parade
Il s’agit ici d’une étrange collaboration autour de courtes histoires écrites par Frédéric Boilet. L’ensemble forme le récit d’une escapade entre un dessinateur de BD et sa muse.
Cette bande dessinée (ni totalement japonaise, ni européenne) est très étrange puisqu’il y a des styles différents. Ainsi l’une des histoires est en couleur. Je n’ai pas été conquise. Je n’arrive même pas à savoir quoi dire de plus.

J’ai fini avec ce manga et du coup, j’en viens à hésiter sur mon avis globale concernant le travail de Kan Takahama. J’aime son trait, mais j’ai l’impression que dans quelques semaines j’aurai totalement oublié ses histoires.

Vos articles sur des livres écrits par des femmes

Ce mois-ci, j’ai été moins présente sur les réseaux sociaux (où plutôt j’étais dans la consommation de publication légère) et j’ai moins géré le challenge. Du coup, je ne suis pas sûre d’avoir tout vu. Pensez donc bien à m’envoyer les liens au fur et à mesure.

Côté jeunesse, c’est Jojo en herbe qui nous donne plein d’idées avec tout d’abord des albums :
On sème un peu, beaucoup… de Laura Hedon, une autrice française ;
À table ! de Rebecca Cobb, une autrice britannique que j’adore ;
Norig et l’or de l’île de Ghislaine Roman et Sophie Lebot, un duo autrice et illustratrice françaises ;
Une maison dans les buissons d’Akiko Miyakoshi, autrice japonaise.

Jojo en herbe nous propose aussi plusieurs romans et autres lectures, toujours pour la jeunesse :
Les Hauts de Hurle-Vent d’Emily Brontë et illustré par Charlotte Gastaut, soit une autrice britannique et une illustratrice française ;
Des idées sur la mythologie grecque avec six livres différents ;
De l’autre côté du pont de Padma Venkatraman, un roman d’une autrice indo-américaine.

Côté adulte, voici d’autres lectures variées :
Le court récit Konbini de Sayaka Murata, présenté par Hilde ;
La bande dessinée Alicia prima ballerina assoluta qui conduit le lecteur à Cuba, présentée par Bidib ;
Le manga Show me Love, sur les enfants mis de côté suite à un divorce, chez Bidib.

Pour terminer, même si je vous en parlerai en juin, je tenais à vous donner le lien de précommande pour le livre Maison d’été. Ce projet associe une autrice, une illustratrice et une éditrice. Les textes sont dans un format poésie inspiré des poètes japonais, les couleurs sont lumineuses. J’ai eu la chance de le lire (pour donner un coup de main à l’éditrice une amie) et j’ai vraiment beaucoup apprécié dès ma première lecture. Oui, je l’ai lu deux fois. Et je l’ai pré-commandé.

Et vous, qu’avez-vous lu en mai ?

4 commentaires Ajoutez les votres
  1. je note Nellie Bly, je ne connais pas du tout son histoire, cette BD serait l’occasion de la découvrir et ça pourrait plaire aussi à Yomu-chan. J’aime aussi beaucoup ce que tu dis sur le roman de vampires. C’est aussi ce que j’aime trouver dans les livres. Mais pour le coup ma fille n’aimant pas les histoires de vampires, je passe.
    C’est rigolo, en regardant la couverture de Diana, moi je ne voix pas du tout un animal en laisse, mais un félin jouant avec le fouet que Diana a accroché à sa ceinture.
    Pour ce qui est des roman de vampires, j’aime bien moi aussi ^^ ce que je trouve dommage, plus que le classement, c’est les couvertures (deux facette du même problème, c’est juste que comme j’y connais rien au termes des classement ça me parle moins ^^). C’est toujours ultra kitch, ultra sexy et clairement ça me fait fuir alors que les récit pourrait me plaire. Un choix qui me frustre énormément. A chaque fois que je fais un tour dans le rayon urban fantasy je part en courant devant tant de glamour.

    1. Ta vision de la couverture de Diana est bien plus pertinente que la mienne et fait finalement plus sens ! Je ne sais pas pourquoi j’avais cette idée de domestication.
      Pour les récits de vampires, je suis totalement d’accord, les couvertures reprennent toutes les mêmes codes et c’est vraiment difficile de savoir quoi lire. Je passe bien trop de temps à regarder des résumés en librairie, puis lire des avis en ligne, puis finalement me décider ou repartir les mains vides. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai lu Mercy Thompson. Le tome mis en avant dans ma bibliothèque montrait juste une femme (sexy mais pas lascive) en train de réparer une voiture. La voir faire autre chose que séduire m’avait bien plu.

  2. J’espère que ta cheville va mieux. Après avoir lu ton billet, j’ai envie de noter tous les titres ! Concernant les romances avec créatures de la nuit, je suis parfois difficile, ça dépend vraiment des personnages et de l’histoire. Alana et l’enfant vampire me tente particulièrement.

    1. Je recommence à me déplacer, un peu, donc ça va mieux. J’ai hâte de pouvoir marcher toute la journée à nouveau !
      Alana et l’enfant vampire mérite d’être plus connu !

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