Ma vie en Alsace #3 L’alsacien (la langue)

Il semblerait que cette petite chronique sur mon quotidien en Alsace vous plaise bien et je m’excuse de la longue pause que j’ai faite. C’est avec grand plaisir que je la reprends.
Après la question cruciale du café et celle très pratique du dimanche matin, j’avais envie de vous parler alsacien, enfin non, de l’alsacien, cette langue qu’il ne faudrait surtout pas confondre avec l’allemand.

Un bredela, un bredele

La première différence est simple, aujourd’hui l’allemand a une forme écrite sur laquelle tout le monde est d’accord. L’alsacien n’a pas d’écriture officielle et c’est pourquoi on peut se lancer dans de très longs débat à partir du mot bredela que notre interlocuteur va faire mine de ne pas comprendre ou qu’il va tout de suite reprendre en prononçant bredele.

Car il faut savoir que le terme alsacien recouvre des réalités différentes, selon l’endroit où l’on se trouve en Alsace. Cela forme officiellement un ensemble homogène, sans véritable frontière, mais schématiquement on sépare en nord / sud. Il n’y a donc pas de façon de bien dire bredele, surtout si vous venez de la France de l’intérieur. Car la bonne prononciation sera celle de la grand-mère de votre interlocuteur (toujours de la grand-mère, probablement parce qu’il s’agit d’une histoire de cuisine).

Le même problème se pose pour le mannela (bonhomme en brioche à savourer le jour de la St Nicolas), la tarte flambée (que je ne me risquerai pas à écrire en alsacien ici-même), le baeckeoffe (un plat avec de la pomme de terre et plein de viandes), etc. Oui, il ne s’agit que de mots liés à la nourriture, en tant que locale d’adoption, c’est bien là, l’essentiel de mes connaissances en alsacien.

Mais l’alsacien, on le parle en vrai ?

Nous sommes arrivés en Alsace à S*, un village viticole qui séduit les touristes en été et en décembre. En novembre et le reste de l’hiver, l’accent parisien de mon amoureux faisait sensation. C’est simple à l’épicerie, toutes les discussions étaient en alsacien uniquement. Nous, nous n’avions le droit qu’à un bonjour du bout des lèvres à nos passages. Ce n’est qu’en apprenant que mon amoureux est en fait le petit-petit-fils d’une véritable alsacienne du village que nous avons gagné le droit à des regards, des vraies salutations et le tout en français !

Nous faisions également des courses à Sélestat chez Norma, supermarché allemand de type Lidl, présent en Alsace, Allemagne, Autriche et République Tchèque. J’avais l’impression d’être une touriste à chaque passage tellement tout le monde parlait alsacien.

À Mulhouse, ce genre de situation est beaucoup plus rare, même s’il m’arrive de me retrouver assise dans un café à côté de vieilles dames échangeant en alsacien. Mais justement, à Mulhouse, cela semble être réservé aux vieux, alors que du côté de Sélestat, il y avait des personnes de tout âge qui le parlaient. Heureusement il y a un encart en alsacien dans le magazine municipal et la radio que nous captons le mieux est totalement en alsacien…

Et puis il y a toujours ces moments que je trouve incongru et parfait.
Lors de l’Avent (oui, un jour je parlerai de la séparation de l’Église et de l’État qui n’a jamais eu lieu ici), nous avons assisté à une séance de contes au Musée Historique de Mulhouse. L’ambiance était chaleureuse, la conteuse était exceptionnelle et elle était accompagnée d’un accordéoniste. Chaque conte nous ancrait un peu plus dans les traditions alsaciennes, jusqu’à ce que finalement une comptine soit évoquée. Il s’agit d’une chanson en alsacien qui pourrait servi d’hymne national à la région, Hans im Schnokeloch. Une seule famille dans l’assistance la connaissait, la mère chantait avec bon cœur toutes les paroles, son adolescente de fille ne reprenant que le refrain.
En évoquant ce moment lors du dîner, j’ai immédiatement été coupée par mon amoureux qui s’est mise à la chanter. Et je suis à présent la mère d’une petite fille qui a en elle quelques gouttes de sang alsacien et qui est fière de chanter le refrain (même si cela ressemble beaucoup à du yaourt).

Étant incapable de choisir une vidéo plus qu’une autre, je vous en propose deux. La première vous offre le sérieux que l’on doit aux traditions transmises par les grands-mères (effectivement, personne ne me parle jamais de son grand-père alsacien…). Mais elle est majoritairement en français, l’avantage est que cela permet à tout le monde de comprendre. La seconde est totalement en alsacien et elle vous donne une bonne vision de la scène artistique en alsacien aujourd’hui…

PS : Pour les amateurs de sériosité, sachez que l’alsacien est la deuxième ou troisième langue autochtone parlée en France (selon la façon d’évaluer l’occitan). En 2012, 43 % des habitants d’Alsace déclaraient savoir bien parler l’alsacien, tandis que 33 % déclaraient parler et/ou comprendre un peu. (Source)
Si vous voulez vous y mettre, il existe un livret avec le lexique alsacien indispensable.

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