Lire au féminin – avril 2021

Chaque mois, au moment de commencer à écrire ce petit bilan, je me dis « je n’ai rien lu ». Il faut dire que j’ai toujours en tête la lectrice que j’étais il y a environ une dizaine d’années (ceux qui pensent de suite que ma fille a 9 ans, ont raison de faire le lien). Avant, je lisais tous les jours, dans le métro et le train de banlieue, dans mon lit, face à mon repas, à ma pause au boulot.

Actuellement, je suis contente lorsque j’ai le droit à 5 minutes de lecture non interrompue au petit déjeuner. J’étais même ravie de devoir patienter 30 minutes à la radiologie car j’ai bien avancé dans une lecture que je trouve passionnante.

Et pourtant je continue de lire, grappillant du temps ici et là, profitant du fait que ma fille mange trèèèès lentement pour lui lire à voix haute des romans à la fin de repas. D’ailleurs c’est grâce à elle que j’ai deux romans à vous présenter. Car je me suis faite une entorse et la douleur avait tendance à occuper mon cerveau. J’ai donc surtout écouté de la musique ou des podcasts dans mes temps de repos.

Nota Bene : je ne suis pas à l’aise avec les TW (trigger warning) qui signalent les contenus difficiles qui peuvent vraiment mettre mal à l’aise certains lecteurs. Toutefois, je souhaite essayer d’y penser au mieux. Ce n’est pas parfait, je débute ma réflexion, mais je vous présente ci-dessous des lectures parfois très difficiles.

Avril sous le signe du Japon

autour du JaponChaque année Hilde et Lou propose de passer avril au Japon. L’année dernière j’en avais profité pour vous partager une recette de gyoza, une recette pour des onigiris et une présentation de l’illustratrice Florence Plissart et son projet de femmes japonaises.

Cette année, j’ai lu des mangas.

Coup de coeur : Daisy, lycéennes à Fukushima

Je commence de suite par une série en deux tomes, extrêmement touchante, Daisy, lycéennes à Fukushima.
TW : suicide

manga sur fukushimaDans un style graphique très shojo adolescente classique, l’autrice a puisé l’inspiration dans des rencontres qu’elle a mené dans des lycées de la ville Fukushima (à 50 km de la centrale du même nom), un après le tremblement de terre, le tsunami, l’accident nucléaire.
Le récit est simple, plusieurs lycéennes tentent de continuer à mettre un pas devant l’autre pour finir l’année scolaire et obtenir leur diplôme de fin d’étude (équivalent du bac). Elles sont traversées par énormément d’émotion. Elles ont peur pour leur santé et leur proche. Elles repensent totalement leur projet d’avenir, devenir une étudiante qui fait la fête à Tokyo ne les intéresse plus. Elles culpabilisent de retrouver le sourire. Elles se demandent s’il faut partir ou rester.

J’ai beaucoup pleuré. Cette reconstruction (de soi, de la famille, de la ville) est douloureuse pour tous les personnages. Les injustices sont nombreuses et j’ai apprécié qu’en postface la mangaka soit claire sur ce qui vient des témoignages écoutés sur place. Oui, des riziculteurs ont reçu des lettres les comparant à des assassins. Oui, des demoiselles ont été larguées par leur fiancé car avec la radiation, elles ne sont plus « bonnes à marier » et n’auront peut-être jamais d’enfant.

Et pourtant, c’est un manga positif, qui se tourne vers l’espoir, qui ne juge pas les choix de chacun. La mangaka montre qu’à la fin, chacun continue de mettre un pied devant l’autre, cherchant à faire les meilleurs choix, même si dans un tel contexte, il est impossible de savoir quel est le meilleur choix.

Deux mangas sur le fait d’être femme dans une société patriarcale

manga thème violJ’ai emprunté à la bibliothèque En proie au silence (tome 1 à 3, sachant que 6 tomes sont actuellement disponibles), car on m’avait conseillé cette mangaka en lien avec ce challenge Lire au féminin. Je n’avais aucune idée du contenu au moment de mon emprunt.
TW : agressions sexuelles

Quelle lecture difficile, violente, bouleversante.
Le récit se concentre sur une jeune femme professeur qui a une relation étrange avec le copain de sa meilleure amie. On apprend très vite qu’en réalité, il s’agit de viols et qu’elle oscille entre l’impression que c’est uniquement de sa faute et que c’est comme ça que les relations homme-femme fonctionnent.
Son quotidien est bouleversé avec l’annonce des fiançailles de sa meilleure amie et en découvrant qu’un de ses élèves (un lycéen) a lui-même été violé par une femme. Dans le même temps, le lecteur découvre que le fiancé est en réalité un agresseur régulier et on suit sa relation avec une autre de ses victimes qui se dit totalement amoureuse de lui.
L’ensemble questionne donc le pouvoir des hommes sur les femmes (la force physique, l’omniprésence sur les lieux de travail), le silence et la culpabilité, l’amour qui semble être impossible.
J’ai été très ma à l’aise à cette lecture et je ne lirai pas la suite. Cela tient plus de la représentation graphique, avec des passages extrêmement érotiques, sensuels ou très vulgaires, délicats ou très violents, mais toujours sans aucun consentement.

avis Sayonara miniskirtLe second manga que j’ai lu sur ce thème (par hasard donc) est Sayonara Miniskirt, dont j’ai relu le 1er tome et enchaîné avec le 2nd (c’est une série en cours).
TW : agression physique, agressions sexuelles
Cette fois-ci le point de départ est une idole (pour simplifier, c’est une star de la chanson japonaise avec une grande objectification à des fins marketing) qui se fait agresser au couteau lors d’une séance de dédicaces. Traumatisée, elle quitte l’univers de la chanson pour intégrer un lycée et finir ses études incognito.
Elle se démarque de ses camarades en choisissant de porter un pantalon d’uniforme et non une jupe. Dans sa classe, deux autres filles ont un rapport différent à cette jupe. L’une la subit, devenant ultra mignonne (dans le sens petite, fragile) alors qu’elle est d’une timidité excessive et mal à l’aise. L’autre en joue, profitant de cette jupe pour devenir encore plus sexy. Les réactions masculines sont diverses, évidemment.

Je n’avais pas été totalement convaincue par le premier tome qui est vraiment une mise en place des personnages et donc avec peu d’éléments sur un potentiel MeToo japonais. Par contre, dans le second tome, on voit bien les personnages féminins se développer avec chacune une relation distincte à sa propre image (que je vous ai dévoilé rapidement ci-dessus). Cela va plus loin, puisque les personnages interrogent la sexualité et la valeur d’une fille à partir l’image qu’elle renvoie. Une idole qui pose en petite tenue est-elle obligatoirement une sal*pe ?
L’ensemble est moins violent que le manga En proie au silence, il secoue moins et cela m’a donc laissé le temps de réfléchir, d’accompagner chaque personnage féminin dans les choix qu’il fait pour se sentir en sécurité. Cela n’en reste pas moins dérangeant. Et j’ai très envie de lire la suite.

Cooking Karine

#cooking Karine 1Une lecture bien plus légère, empruntée à ma fille, le premier tome de #Cooking Karine qui vient juste de sortir.
Une collégienne rêve d’avoir son propre restaurant et pour cela se lance dans une compétition de vidéos en ligne. Elle obtient l’aide d’un camarade de classe impressionné par l’énergie débordante de l’héroïne.
C’est mignon et en même temps je ne suis pas totalement fan de ce manga. J’ai vraiment eu l’impression d’une manipulation des organisateurs du concours, avec des règles qui évoluent au fur et à mesure. Je n’ai pas aimé que la jeune Karine soit prête à tout pour gagner, sans rien remettre en question. Le but est quand même une course aux likes
Et ça m’ennuie car c’est une lecture pour les jeunes.

Trait pour trait, tome 3

J’en ai déjà parlé le mois dernier, Trait pour trait est une autobiographie d’Akiko Higashimura, une mangaka à succès au Japon. Elle est très célèbre et est vraiment reconnue dans le milieu.
J’aime beaucoup cette série car elle ose se dévoiler, y compris dans ces petits travers. Elle a également une relation touchante avec son professeur de dessin à qui elle n’ose avouer qu’elle se rêve mangaka).
Ce n’est pas une série pour devenir mangaka, plus un récit de femme, qui avance tant bien que mal vers un rêve qu’elle n’ose prononcer à voix haute.

manga trait pour trait

Deux romans lus à voix haute avec Nine

Je vais faire court, du moins essayer.

Nous avons fini Le voleur de soie, écrit par Odile Weurlesse. Enfin nous, je l’ai fini, Nine m’a demandé d’abandonner au 3/4. J’ai accepté car je n’ai pas trouvé que c’était terrible.
J’avais déjà lu plusieurs romans de cette autrice pendant mon enfance et j’avais à chaque fois apprécié. Mais aujourd’hui, je trouve que c’est un récit totalement calibré pour les profs, à des fins pédagogiques. Du coup, c’est assez long et si les descriptions historiques sont bien écrites, le récit ne l’est pas.

Et nous avons dévoré mon amie est une princesse, de Ji Hee Kong, une autrice coréenne.
Malgré la couverture rose, le titre et les belles robes, ce n’est pas une histoire légère et futile. C’est un récit sur l’amitié et sur comment une seule amie peut nous apprendre à avoir confiance en nous. Discrètement, c’est également un texte sur la pauvreté et sur les bouleversements profonds que la Corée a vécu il y a quelques années. Pour ce deuxième point, impossible de le voir si on ne connaît pas l’histoire du pays (et ce n’est en rien gênant).
J’ai été un tout petit peu déçu d’un choix du traducteur. Lorsque l’une des deux enfants arrive habiller en princesse, la robe décrite est une vraie robe Disney, alors que l’illustration nous montre bien une princesse coréenne. Je pense que la beauté de la tenue aurait été tout aussi saisissante en présentant une tenue coréenne.
C’était une lecture rapide (techniquement accessible pour les enfants dès 7 ans, avec de courts chapitres) que nous avons beaucoup appréciée.

2 romans lus à voix haute

Vos lectures au féminin

Comme toujours, je conclus avec vos propres liens.
Comme je le disais plus haut, ce mois-ci se tenait Un mois au Japon. Je ne suis pas la seule à en avoir profité pour lire des récits venant de ce petit pays et c’est pourquoi vous trouverez ci-dessous de nombreux titres invitant à s’y rendre.

Mais encore une fois, vos propositions sont variées et j’ai presque envie de tout lire à chaque fois.

Littérature jeunesse
4 albums dont deux écrits par des femmes chez Bidib ;
– un
album accordéon sur le cycle de la vie et son recommencement chez Jojo en herbe ;
– la
BD jeunesse Entre Neige et Loup d’Agnès Domergue et Hélène Canac chez Jojo en herbe ;
Issunbôshi le petit samouraï, un conte japonais présenté par Jojo en herbe ;
– plusieurs autres albums par des autrices japonaises par Jojo en herbe : le portrait de Nounours de Mari Kasai et Chiaki Okada ; Où est mon étoile ? de Satoe Tone ; Le voyage de Pippo de Satoe Tone ; Quand il fait nuit d’Akiko Miyakoshi ; Réveillés les premiers! de Komako Sakaï ; Tu rentres quand ? de Nagako Suzuki ; Mukashi Mukashi, Contes du Japon, T2 de Delphine Vaufrey ;
– le documentaire jeunesse J’écris des haïkus de Véronique Brindeau et Sandrine Thommen ;
– l’album gourmand Le loup à la bonne odeur de chocolat de Paule Battault et Maud Legrand
– et un dernier album jeunesse Laissez-moi tranquille… de Galia Bernstein.

En publication adulte
La fabrique des poupées est un roman qui semble déroutant quand on lit l’avis de Bidib et qui conduit le lecteur à Londres au XIXe siècle ;
L’étrangleur de Cater Street est un roman britannique de la série Charlotte et Thomas Pitt que nous commente Jojo en herbe (et si vous ne connaissez pas cette série, foncez, il s’agit du 1er tome) ;
– 4 romans dans le bilan de Mars de Stéphanie dont deux récits africains, La Tresse et un récit de voyage de Sarah Marquis ;
10 autrices de manga, principalement pour adultes, chez Bidib ;
– deux lectures sur l’enfermement des nippo-américains pendant la 2e guerre mondiale chez Bidib ;
– Dans Une saison à Longbourn, le récit Orgueil et Préjugés est repris du point de vue des domestique. Un roman de Jo Baker présenté par Jojo en herbe.

Et voilà pour ce mois d’avril finalement bien rempli. J’ai un essai en cours sur le thème du racisme et j’ai également sous le coude un roman avec un personnage gender fluid. Du coup, je devrai vous présenter des choses très différentes le mois prochain !

Bonne lecture et à bientôt.

4 commentaires Ajoutez les votres
  1. Je te rejoins concernant les romans d’O. Weulersse ; comme toi, j’adorais enfant et aujourd’hui, moins ^_^ ; les mangas et en particulier « Cooking Karine » font très envie… Et c’est une bien jolie façon de conclure vos repas… ! 😉 Un joli mois de mai au féminin à toutes les 2 et à toutes les participantes !

    1. Merci beaucoup,
      Avec ton commentaire, je me rends compte que suite à ma lecture de Cooking Karine, j’ai loupé l’occasion de cuisiner et de faire un billet pour le challenge des livres en cuisine !

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