Visiter une plantation de poivre à Kampot

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Nous étions au Cambodge en octobre-novembre 2017.

Je n’avais pas prévu que le poivre de Kampot deviendrait incontournable dans notre cuisine, encore moins que ma fille prendrait plaisir à en manger fraîchement cueilli ou que la visite nous ferait passer devant un lac magnifique à l’histoire terrible.

Kampot est une petite ville cambodgienne appréciée des expats et des touristes. Elle est à 1h de tuktuk de Kep (où l’on se pose sur la plage en mangeant du crabe). On peut faire tout le tour du centre ville très facilement, le musée ne demande que 30 minutes de visite attentive, des Français y vendent des glaces délicieuses et une (ancienne) blogueuse Belge y a ouvert une librairie d’occasion – café.

C’est également la capitale du durian (un fruit qui sert de bizutage à tout occidental qui débarque en Asie pour la première fois) et c’est de là que vient le célèbre et luxueux poivre de Kampot.

Désolé ce n’était pas la saison, je n’ai pas de photo de durian, juste cet étrange ananas.

La Plantation, projet d’éco-tourisme social et durable

Le Cambodge est un pays qui change vite, où l’impact des Khmers Rouges et de la Guerre Civile qui suivit est toujours visible. Je vous ai déjà dit la difficulté que j’ai eu à me positionner face au tourisme de la misère sur place. À Siem Reap j’ai volontairement choisi un hôtel avec une démarche sociale en faveur de ses employés. Pour le poivre, c’était plus compliqué.

Pour cette visite, ma priorité était de trouver des visites guidées en français. Je n’ai rien contre l’anglais, cela ne me gêne pas d’acquérir un vocabulaire agricole sur l’exploitation du poivre uniquement en anglais. Car le truc est là, avant la visite, je n’avais aucune connaissance sur le sujet, traduire la visite à Nine aurait été compliquée pour moi.

C’est donc par le biais de cet impératif linguistique que j’ai découvert La Plantation, exploitation de poivre en périphérie de Kampot. Les propriétaires sont des Européens francophones et tout le site internet est en français. Les visites guidées sont proposées en français, en anglais et en khmer.

Le français était donc indispensable à mes yeux, et le fait de découvrir une exploitation qui s’engage auprès de ses employés, de leur famille et la forêt environnante, c’était un vrai plus.
Par ailleurs, le poivre est géré de façon traditionnelle, grâce à l’expertise de Cambodgiens. C’est du vrai poivre de Kampot avec IPG (c’est à dire indication géographique protégée), le label Ecocert et un label bio cambodgien. Les touristes sont accueillis dans une ancienne cantine de moines en bois (elle a été démontée / remontée comme on peut le faire dans les écomusées), une belle façon de lier la modernité du tourisme et la culture traditionnelle malmenée par les Khmers Rouges.

Enfin autre détail intéressant : la visite guidée est gratuite. Cela signifie que les propriétaires ont suffisamment confiance en la qualité de leurs produits et dans les compétences de leurs employés pour que la visite nous donne envie d’acheter.

Comment pousse le poivre de Kampot ?

Notre guide était une femme avec un français très compréhensible. Elle a réuni un petit groupe de touristes à une table, au frais, avant de commencer sa présentation.

Cette première partie de la visite, nous a permis de découvrir le cycle de pousse du poivrier, une liane qui grimpe sur des poteaux. La description de la cueillette nous a permis de comprendre la différence entre le poivre noir, le poivre rouge et le poivre blanc. Et pour que cette différence ne soit pas que des mots, nous avons pu goûter des grains de poivre au fur et à mesure.
Très sensible aux épices, j’ai tout senti, rien goûté. Nine, son père et ses grands-parents ont quasiment tout goûté avec plus ou moins de plaisir.

Vue sur la plantation depuis la salle où nous avons été accueilli
crédit photo : La Plantation

Puis la visite s’est poursuivi dans la plantation. La guide nous a présenté des expérimentations pour faire pousser des arbres fruitiers en lien direct avec le poivre, chiffré les nombreux employés présents et enfin, elle nous a invité à passer sous un toit de feuilles pour avancer entre les poivriers. Ce n’était pas la bonne saison pour vraiment admirer les grappes colorés de poivre (nous y étions début novembre). L’ensemble était trop vert. Pourtant quelques taches de rouges sont visibles ici et là. Nous avons découvert une autre variété de poivre qui pousse en petit cône. La guide en a même attrapé un bien mûr et l’a donné à Nine avec pour consignes : ne pas croquer, laisser fondre en bouche et ce sera très doux.

Y-a-t-il un meilleur endroit pour trouver un poivre parfait qu’au milieu d’une plantation ?

Car oui, elle a adoré ce poivre cueilli juste pour elle.

Goûter poivre de Kampot
Voici la variété de poivre que Nine a goûté frais (et mûr soit bien rouge).

Moi, j’ai surtout pris conscience de tout ce que l’on mange et utilise au quotidien sans vraiment savoir à quoi cela ressemble avant d’arriver sur un rayon de supermarché… Quoique maintenant nous avons suffisamment de poivre pour de longs mois pour éviter ce rayon de supermarché.

grains de poivre de kampot

Le lac secret de Kampot

Pour rejoindre La Plantation (à l’extérieur de Kampot), il faut prendre un tuktuk, et à la sortie de la saison des pluies, la route étant mauvaise, nous avons roulé une heure.

Nous avons longé brièvement le Lac Secret (soit le Secret Lake de Kampot), pas si secret que ça. La vue est magnifique et lors de notre passage nous ne connaissions pas grand-chose à son sujet. Mais très vite on a appris que ce lac a été totalement construit à la main pendant la dictature des Khmers Rouges pour en faire une réserve d’eau. Cela donne froid dans le dos tellement ce lac est immense.

Pendant la visite de la plantation de poivre, notre guide a brièvement évoqué l’impossibilité d’utiliser l’eau du Lac Secret car elle serait trop polluée par des personnes qui vont y laver leur mobylette. Et effectivement nous avons pu assister à cette scène par nous même.

Mais en discutant avec Roxane à Bookish Bazaar (la blogueuse expatriée dont je vous parlais en introduction), elle m’a présenté une histoire bien différente, découverte lors d’une visite guidée dans le secteur. La construction du Lac Secret a nécessité beaucoup de sueurs et malheureusement énormément de morts. Ces hommes et ces femmes n’ont pas eu de véritables sépultures, ni d’enterrement digne de ce nom. Aujourd’hui encore le nombre de victimes des Khmers Rouges n’est pas définitivement posé.
Tout le monde dans la région connaissait l’origine de ce lac, ce qu’il impliquait. Pour beaucoup les âmes de tous les défunts résident dans l’eau du lac. Ce qui explique pourquoi, dans cette région qui souffre ponctuellement de manque d’eau, personne n’utilise l’eau du lac.
Certaines communautés font appels à des « chamans » (le terme est de moi, je ne me souviens plus du mot utilisé lors de la discussion) pour permettre aux âmes de reposer en paix et donc aux hommes de consommer l’eau. Et certains espèrent qu’avec les nouvelles générations, les superstitions et les craintes s’éloigneront pour permettre au lac de finalement être un lieu de vie.

Kampot Secret Lake / Lac secret

C’est ainsi qu’un peu partout dans le pays, on rencontre un projet en faveur de la reforestation, de la scolarisation ou de n’importe quelle action sociale positive, pour quelques kilomètres (ou seulement mètres) se heurter à un vestige de l’époque la plus sombre du pays. Puis il suffit de se promener dans les villes pour se rappeler que les Européens sont également venus imposer leur colonisation (et architecture), que le tourisme impose à présent ses normes (Starbucks est présent au Cambodge), que le monde change et qu’il ne tient qu’à nous de rester respectueux et de savoir défendre nos valeurs.



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8 commentaires Ajoutez les votres
  1. Bonsoir,
    Merci pour cet article et votre blog que je découvre. Nous partons en tour du monde en août et passerons par le Cambodge en mars 2019. Bien que l’on ait encore le temps, je note précieusement vos informations.
    Belle continuation à vous,
    Laurène

    1. Le truc c’est qu’ensuite tu dis que tu visiterais bien une exploitation de sel noir d’Hawaï ou rose de l’Himalaya ou de cacahuète ou de vanille ou….

  2. Nous ne pouvons plus nous passer de ce poivre depuis 2012, date à laquelle nous sommes allés à Kampot… Nous en avions fait un bon stock, et puis des amis nous en n’ont ramené. Il est tellement parfumé !
    Bon, et sinon sans rapport, mais je trouve l’ananas vraiment épatant 😉 C’est une rareté aussi !

    1. Pour le moment nous avons du stock pour voir venir (mon amoureux n’est pas très modéré face aux choses qu’il aime), même si le poivre n’est pas ce qui se garde le mieux. Et moi qui ait toujours considéré que je n’aimais pas le poivre, j’en mets maintenant dans plein de plats !

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