Paris sur les pas de Marie Curie

Fin janvier, Nine et moi sommes partis nous promener dans Paris sur les pas de Marie Curie.

L’envie est née lors d’une balade, entre le XIIIe arrondissement et le boulevard St Germain, un trajet à pied, un plan à la main, le nez en l’air. Il y a d’abord eu Simon Veil par C215, qui m’a détournée de mon chemin initial. Puis j’ai découvert Marie Curie, dans une représentation assez austère, derrière un homme qui attendait son chien, trop occupé à se soulager sous ce portrait en street-art. Le Panthéon me narguait au bout de la rue, mais j’ai habité en région parisienne, alors je n’avais aucun mal à le snobber. Juste après cette fresque de Marie Curie se trouvaient d’autres portraits, tous réalisés par C215, des hommes inconnus qui m’attiraient progressivement jusqu’à l’entrée du musée Curie. Fermé ! Nous étions en août.

À moins que l’envie ne soit née à la lecture du récit [avant de devenir…] Marie Curie, une scientifique de génie, livre découvert un peu par hasard en travaillant sur les filles et les sciences. Difficile de savoir, mais une fois que j’ai eu l’idée en tête, difficile de m’en séparer, il ne nous restait donc qu’à aller à Paris !

Notre lecture – entrée en matière – est un roman qui se concentre sur l’avant… Avant le premier prix Nobel, avant la Première Guerre Mondiale, avant le succès, la reconnaissance, le scandale et le second prix Nobel, les voyages en Amérique, la maladie… Pour être exact ce roman sur Marie Curie débute quand Marie n’est que Marya, elle a 4 ans et sa mère vient de tomber malade. Le récit se déroule en Pologne (ou presque) et malgré l’envie d’y aller pour compléter notre Marie Curie Trip, pour le moment ce n’est pas au programme.

Marie Curie trip
à gauche, Marie – Marya Sklodowska à 16 ans
à droite, Marie Curie par l’artiste C215

De la Pologne à Paris

C’est à Varsovie que l’histoire de Marya Skłodowska, puisque tel était son nom de naissance, a débuté. Une petite histoire dans la grande histoire, celle de la Russie Impériale qui domine alors une partie des territoires constituant la Pologne d’aujourd’hui. Il est alors mal vu de parler polonais, pire, de défendre une culture et une histoire polonaises. M. Skłodowska, enseignant, n’a pas le droit d’utiliser le polonais avec ses élèves et il vit dans la crainte d’une dénonciation puisqu’il utilise cette langue avec sa famille. Cependant lui et sa femme aiment profondément la Pologne et ils font donc le choix d’instruire leurs enfants à la maison, sans distinction fille/garçon,  en plus d’une scolarisation classique (et basique ?).

La librairie polonaise sur le boulevard St Germain a été notre premier lien avec cette culture. Tandis que je me plongeais dans des livres de cuisine sans en comprendre un mot, Nine profitait d’un coin enfant confortable, se moquant bien des mots pour admirer certains albums. Dans cet espace pour les jeunes, les livres en polonais côtoient les livres en français en lien direct avec la Pologne. J’y ai même alourdi mon sac d’un album jeunesse sur Marie Curie, séduite par le design.

librairie polonaise à Paris

À l’époque de la naissance de Marya, le français est régulièrement utilisé comme langue de communication, dans des situations de plurilinguisme*. La haute société russe appréciait tout particulièrement de pouvoir communiquer et lire les essais diffusés en français et en allemand. En tant qu’enfants à l’éducation complète, les cinq enfants Skłodowska parlaient le polonais, le russe et le français. Et lorsqu’à 10 ans, Marya est obligé d’aller dans une école publique russophone, elle a l’impression de trahir la Pologne en acceptant de répondre à des questions défendant les valeurs de l’Empire russe.

Quelques années plus tard, alors qu’elle est une jeune femme, la communauté polonaise a joué un rôle important dans la vie et la carrière de Marya. Un de ses compatriotes lui présenta un scientifique passionné : Pierre Curie… Mais je prends de l’avance sur l’histoire.

Une fois à Paris, il semblerait que les bons plats polonais préparés par Bronia (sa sœur aînée) était un véritable réconfort pour Marya, de bons plats comme à la maison, principalement à base de chou.

Sauf que moi, je n’aime pas le chou.
Je n’aime pas vraiment cuisiner non plus, surtout si le sucre ne fait pas partie des ingrédients. J’aurai aimé pouvoir trouver un restaurant polonais (pour laisser Nine goûter du chou et me rabattre sur autre chose), mais je n’ai trouvé aucune adresse satisfaisante sur Paris* (dixit la polonaise parisienne qui m’a conseillé).

Alors nous sommes allées au Stube, un restaurant allemand que j’aime beaucoup, car on y trouve également des plats d’Europe de l’Est (sans précision exacte de l’origine de chaque plat). Les petits bonheurs sont dans les plaisirs simples dit-on, simples comme une boîte de pirojki, dégustés par un beau soleil hivernal dans le jardin du Palais Royal. Simples comme un cheesecake d’Europe de l’Est (avec un faux air de cheesecake new-yorkais mais un goût bien a lui). Simples comme une brioche qui laisse du sucre plein les doigts.

Pirojki - le Stube - Paris

Nous aurions pu nous arrêter là. Mais nous sommes gourmandes. Et curieuses. Gourmandes surtout. Alors nous avons pris le métro jusque tout là haut dans le nord-est de Paris, où se trouve l’épicerie polonaise Comme en Pologne avec un petit espace artisanat.
J’ai été un peu déçue par l’épicerie, car elle propose surtout des ingrédients pour cuisiner soi-même des plats complexes (dont j’ignore tout). Il y avait bien des boîtes de préparation à gâteaux, mais tout était écrit en polonais uniquement. Je voulais éviter les bonbons et chocolats, car je sais bien qu’ils sont très rarement bons dans ce coin du monde. Mais Nine avait envie de tester quelque chose, alors je l’ai laissée choisir plusieurs barres chocolatées. Ce n’est que plus tard, avec chacune un gros morceau de chocolat en bouche que nous avons découvert que les barres chocolatés étaient toutes alcoolisées…
Par contre l’épicerie abrite aussi la boutique Polka Folk, que je vous recommande. On y trouve de très beaux objets, très colorés et fleuris. C’est beau, la propriétaire est sympathique, et ça donne envie d’aller en Pologne (encore plus).

épicerie polonaise à Paris

Polka Folk - artisanat polonais à Paris

De Marya Sklodowska à Marie Curie

Le financement des études de Marya est un témoignage de persévérance et d’amour sororal.
À la fin du XIXe siècle, les femmes sont interdites d’études universitaires à Varsovie et dans toute la région (je ne saurai dire si c’était propre à la Pologne qui n’existait pas ou à toute la Russie). Marya a du mal à s’imaginer un avenir. À ses yeux, il n’y a que trois solutions : devenir institutrice, se marier (mais elle est jeune), partir à l’étranger. Son père n’a pas les moyens de financer quoique ce soit et c’est de sa sœur Bronia que viendra la solution. Elles concluent une sorte de pacte ensemble : se financer l’une l’autre des études à Paris !
Bronia part la première et Marya travaille longuement comme préceptrice dans une riche famille dans la campagne polonaise. Elle travaille tant, qu’elle perd son espoir en route. Quand sa sœur lui annonce qu’elle peut enfin la rejoindre, elle n’ose pas s’y rendre et il s’écoule un an avant qu’elle ne s’organise et se rende enfin à Paris. Un an c’est long, tout juste quelques pages dans notre livre, mais autant dire que Nine et moi trépignions face à cette déprime (dépression ?) et dépréciation d’elle-même.

La Gare de l’Est existait déjà et recevait les trains en provenance de l’Europe de l’Est. Pourtant c’est à la Gare du Nord que Marya est arrivée. Ma gare préférée pour son toit, ses promesses de Royaume-Uni quand on est sur les quais et le parfum du curry indien qui nous saisit dès que l’on en sort par un côté. Personne ne nous attendait en arrivant à Paris, du moins pas à la gare. Marya, elle, était attendue par son beau-frère qu’elle n’avait jamais rencontré.

Paris et Marie Curie - gare du Nord

J’ai du mal à imaginer Paris en 1891. La Tour Eiffel vient d’être inaugurée. Pour se déplacer, on utilise des omnibus à impérial tirés par des chevaux. La seule image qui me vienne à l’esprit est le portrait de Paris réalisé par Hemingway dans Paris est une fête, alors même que son récit revient sur les années 1920 ! Si la voiture existe déjà, elle est principalement à vapeur et sa vitesse de pointe (sur circuit) est de 40 km/h.
Mais l’île de la Cité est déjà là, de même que la flèche de la Saint-Chapelle. D’une certaine façon, Paris est déjà bel et bien Paris.

Dès les premiers jours Marya se rend à la Sorbonne pour s’inscrire. Et là, sur les formulaires qu’elle doit remplir, pour la première fois elle écrit Marie Skłodowska.

Marie Curie, Paris et la Sorbonne

De la Sorbonne au Panthéon

Sur un plan de Paris, la vie de Marie semble se résumer à un petit quartier. La Sorbonne où elle étudie d’abord la physique puis les maths. À 750 mètres, l’Institut du Radium qu’elle fondera et dirigera bien des années après avoir quitté l’université. Et entre les deux, le Panthéon, où elle repose aujourd’hui avec son mari.

C’est même dans ce quartier que Marie, devenu Marie Curie depuis peu, mène ses recherches sur un étrange rayonnement émis par l’uranium, un métal récemment identifié par le physicien Henri Becquerel. Son laboratoire vétuste se trouve rue Lhomond. Elle y travaille seule avec passion, avant d’être rejointe par Pierre Curie qui abandonne ses propres travaux pour la soutenir. Aujourd’hui le laboratoire n’existe plus, il a été détruit pour permettre l’agrandissement de l’école de physique voisine. Il n’y a donc rien à voir dans cette rue. C’est d’ailleurs totalement par hasard que nous y sommes passées. Nine courrait loin devant, pressée de rejoindre le café manga – jeux vidéo que nous visions. Alors je n’ai pu que rapidement et en vain me tordre le cou, à la recherche d’une mention, d’un signe, qu’ici, Pierre et Marie Curie ont découvert le polonium et le radium.

Ce quartier est celui de leurs découvertes, de leurs carrières, au pluriel car ils ont, l’un comme l’autre fait tellement de choses. Ils ont cherché et inventé, ils ont enseigné à la Sorbonne et une fois veuve Marie Curie a participé à la création de l’Institut du radium avant de le diriger.

L’Institut du radium était un rêve pour Pierre et Marie. Après des années de recherches seuls dans leur coin, ils souhaitaient être dans un laboratoire avec des confrères. Malheureusement Pierre est décédé depuis trois ans au moment de la réalisation de ce rêve. C’est pourquoi afin de permettre l’ouverture de l’institut, une nouvelle rue est tracée et baptisée Rue Pierre Curie.

Rue Pierre et Marie Curie dans Paris
Initialement Rue Pierre Curie, aujourd’hui elle porte le prénom des deux époux.

L’institut est composé de deux bâtiments séparés par un jardin qui tient beaucoup à cœur à Marie. C’est pour elle un lieu de repos indispensable pour les chercheurs, et elle-même prend plaisir à s’occuper des fleurs qui s’y trouvent. Aujourd’hui, une photo d’elle orne le lieu, au milieu des rosiers, comme si elle venait juste de sortir de son bureau pour prendre l’air.
L’un des bâtiments était conçu pour la recherche médicale, c’était le laboratoire Pasteur. L’autre était dédié à la recherche physique et chimique, c’était le laboratoire Curie. Ce dernier est à présent un musée (mon avis sur le musée Curie). On y voit le bureau et le laboratoire de Marie, comme figés dans le temps.

Bureau de Marie Curie

Laboratoire de Marie Curie

Jardin Institut Curie à Paris

Notre Marie Curie Trip se termine finalement au Panthéon, dernière demeure de Pierre et Marie Curie. Ils y sont inhumés en 1995, ce qui semble être si loin après les prix Nobel et leur décès respectif. Et pourtant ce jour-là, Eve Curie, leur seconde fille, est présente.
Après avoir été première femme avec un, puis deux Nobel, première femme professeur de la Sorbonne, Marie Curie devient la première femme au Panthéon pour ses mérites à elle (une autre femme y était déjà présente en tant que « femme de… »). Aucune autre femme n’y sera honorée avant 2015* !
Ce lieu grandiose, démesuré même par rapport aux nombres de Grandes Gloires de la France qui s’y trouvent, est un site étrange à visiter.
D’ailleurs Nine pensait se rendre dans un cimetière. Elle a plusieurs fois trouvé que j’avais quand même des idées morbides de lui faire visiter un endroit pour les morts. Mais finalement entre le pendule de Foucault, le livret enfant et le drapeau de la Pologne sur la tombe de Marie Curie, la visite l’a intéressée. Moi, elle m’a juste laissée un peu vide, nous étions arrivées au bout de nos découvertes sur Marie Curie.

Pierre et Marie Curie au Panthéon

Des tranches de vie dans tout Paris

J’aurai aimé voir d’autres lieux, marcher encore plus dans les pas de Marie Curie, mais Nine n’en voyait pas vraiment l’intérêt, s’il ne restait plus rien d’elle aujourd’hui.

J’aurai voulu…
… flâner dans le marché aux fleurs de l’Île de la Cité (que j’aime beaucoup), car Marie s’y arrêtait après le travail, juste pour le plaisir des fleurs ;
… rendre hommage à Pierre Curie, décédé quai des Augustins, renversé par une lourde charrette attelée ;
… m’arrêter rue Cuvier devant la maison où est né Pierre Curie, puis devant l’Institut de physique pour imaginer le laboratoire de Pierre et Marie, toujours présent à l’intérieur quoique transformé, et finalement aller jusqu’au museum où ils ont présenté leurs découvertes à la communauté scientifiques ;
… prendre le métro jusqu’à l’arrêt Pierre et Marie Curie ;
… faire du vélo à Sceaux, où Marie s’installa les premières années de son veuvage et car le couple aimait les balades en vélo ;
… marcher de la rue de la Glacière au boulevard Kellermann, les deux premiers foyers du couple Curie ;
… prendre le train pour Varsovie !

Une conclusion qui n’en est pas une

J’ai acheté un petit livret au Musée Curie, Balade parisienne avec Pierre et Marie Curie, disponible uniquement sur place. Je le trouve absolument passionnant et que je regrette de ne pas avoir eu avant la préparation de notre Marie Curie Trip. Mais l’imperfection à son charme…

Nine considère qu’elle en connaît assez sur Marie Curie, et nous allons donc réaliser un petit livret sur le sujet, entre souvenirs et carnet de voyage. Moi, j’ai emprunté de nouveaux livres biographiques à la bibliothèque, car j’ai envie d’en savoir plus et que je ne suis pas prête à brusquement tout arrêter, sous prétexte que nous sommes allées jusqu’à sa dernière demeure pour notre dernier jour parisien.

Et d’ailleurs je viens juste de recevoir (offert par l’éditeur) Lettres à Marie Curie qui sort le 20 février, tandis que le 11 mars sortira le film Radioactive de Marjane Satrapi. À suivre donc…

En savoir plus :

Je vous prépare un article strictement sur les livres que j’ai lu sur Marie Curie, avec des titres pour les enfants dès 5 ans et d’autres juste pour les adolescents / adultes. Je vais aussi vous présenter plus en détail le Musée Curie et le Panthéon, chacun dans un article dédié.

En attendant, voici pour commencer quelques ressources qui, pour moi, sont liées à notre Marie Curie Trip, mais qui pourraient vous emmener dans des directions différentes (et stimulantes).

Un article intéressant sur l’« universalité » européenne du français au XVIIIe siècle.

Le récit de voyage Vers Varsovie n’a rien à voir avec Marie Curie mais tout avec la Pologne. Je l’ai lu il y a peu et j’avais à plusieurs reprises consulté une carte de la Pologne pour suivre le périple de l’auteur. Du coup, en lisant les chapitres sur l’enfance de Marya Skłodowska, j’avais déjà une première connaissance des lieux et de leurs charmes éventuels.

Mon avis sur Paris est une fête de Hemingway.

Une présentation claire de l’histoire de la Pologne

Le restaurant polonais Comme chez Babcia semble être une adresse incontournable, délicieuse et à la décoration soignée. Par contre c’est à Lens… Inès vous donne son avis avec de nombreuses photos (en fin d’article).

En 1995, Pierre et Marie Curie ont été transférés au Panthéon. Par la suite deux hommes y ont pris place. Enfin en 2015, la même année, deux hommes et deux femmes y été honorés. Cependant seuls les cendres des deux hommes y sont transférés, les familles des deux femmes refusant. Plus de détails.

Et pour aller plus loin encore, il est possible de prévoir à vos visites la Cité de l’Immigration (car Marie Curie est une migrante et représente une certaine époque) et le Musée de l’Armée (en particulier la section sur la Première Guerre Mondiale).

8 commentaires Ajoutez les votres
  1. Quel beau récit ! C’est tellement spécial de partir sur les traces d’une personnalité et Marie Curie est un super choix ! Ton article nous fait vraiment bien partager votre quête à la fois biographique et gourmande. Il faudra vraiment que tu essaies Comme chez Babcia si tu reviens à Lens… Ça vaut le coup !

    1. Merci !
      Je ne connaissais rien de la vie de Marie Curie avant de commencer, du coup c’était (et c’est toujours) très intéressant. Et en attendant d’aller à Lens, je cherche des recettes de cuisine polonaise.

    1. Merci. Nous n’étions pas toujours sur la même longueur d’onde pendant la balade et je me demande si je n’ai pas dégoûté ma fille de Marie Curie. Mais moi j’ai trouvé ça passionnant !

  2. Quel voyage intéressant, sur les traces de Marie Curie ! C’est une femme que j’admire beaucoup. Tu me donnes envie de découvrir certains de ces lieux lors d’une prochaine virée parisienne… et aussi de lire sa biographie !

    1. La biographie écrite par ève Curie me tente énoooormément, de même que le recueil de lettres qu’elle a écrite à ses livres. Mais il y a aussi un livre écrit par Marie Curie sur Pierre Curie. Il n’est plus disponible, mais j’aimerai beaucoup mettre la main dessus, car finalement ce sont ces mots à elle qui m’attirent.
      Bon en attendant, je vais aller voir le film « Radioactive », qui vient de sortir et j’espère que tu aurais l’occasion de mieux la découvrir, en lecture ou sur Paris.

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