Interview d’une carnettiste : globe Croqueuse

Dans le cadre de ma série sur les carnets de voyage, et au vue de ma petite expérience d’amateur, il me semblait intéressant d’apprendre un peu plus auprès des carnettistes chevronnées. Je vous présente donc Globe Croqueuse alias Aurélie Péjadras qui réalise des carnets très vivants et les met en partie en ligne sur son blog.

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Comment tout a commencé pour toi ?
Côté art et dessin, cela m’a toujours suivi depuis ma petite enfance. Je n’ai jamais cessé de dessiner. J’ai toujours été curieuse, alors quand j’y penses, c’est logique. Enfant, à l’école primaire, j’avais une correspondante guadeloupéenne. Je pense que cela a aussi commencé à nourrir cet attrait de l’ailleurs.
C’est au moment de choisir ma voix que mes parents m’ont encouragé à aboutir ma passion en métier et j’ai alors intégré l’école Estienne. Côté voyage, cela a commencé lors de mes études à Estienne : une excursion avec l’association de l’école au Carnaval de Venise, un stage de 5 semaines à Québec dans un atelier d’artistes-graveurs , voilà que je prenais le virus du voyage. C’est là aussi qu’a commencé le carnet de voyage, j’étais dans une logique que l’on nous enseignait à Estienne : peu importe l’endroit et le moment, dessiner tout le temps pour vous améliorer. C’est alors que cela s’est fait naturellement. Et puis il faut dire que cela booste l’inspiration! Après cela j’ai découvert la famille des « carnettistes » en exposant à la biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand (aujourd’hui appelé « le rendez-vous du voyage »). C’est suite à cela que j’ai commencé à exposer mes carnets.

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Quand crées-tu tes carnets ?
Pour moi le carnet de voyage se réalise en trois temps. Avant pour le support, pendant pour la réalisation, après pour la finalisation. Le temps de travail dépend de la durée de mon voyage et de la matière ramenée.
Avant de partir, je prépare mon support histoire de me mettre dans l’ambiance, et aussi de gagner du temps sur place : je choisis mon support que je chine aux puces : je customise de vieux agendas vintages du début du 20ème siècle en carnets de voyage. Ils prennent ainsi une seconde vie. J’ai toujours adorer chiner, recycler et cela s’inscrit purement dans ma démarche de « globe-croqueuse ». Je prépare donc les pages en les solidifiant, réalise des fonds à l’acrylique, au café ou en collages de papiers de récupération, prépare des impressions de bois gravés ou linogravures à emporter qui me serviront aux collages pour agrémenter mes croquis.
Le gros du travail se fait sur place : croquis, notes. C’est important, car le carnet de voyage est avant tout un vecteur de rencontre et un moyen de communication. C’est fou comme la posture et le regard de l’autre change avec le carnet. Les personnes sont moins sur la défensive, plus avenantes et curieuses, voire amusées ou admiratives. Je pense surtout que le carnet n’instaure pas de barrière sociale et son côté « primitif » parle à tout le monde. Le carnet de voyage est un art humble et humain, contrairement à la photo, même si j’adore la photo et trimbale toujours avec moi un appareil en plus de mon carnet. Pour les couleurs je fais soit sur place si j’ai le temps (dans le moment ou à un moment posé comme le soir avant de se coucher) soit au retour (en ayant noté les couleurs et/ou pris une photo).
Au retour, je prends du recul sur mon carnet, je digère toutes les émotions, j’ajoute des collages, parfait la présentation (titre, étiquettes, colorisation, texte, collages, photos…) je termine ce que je n’ai eu le temps de finir sur place afin que le carnet soit plus séduisant, tout en gardant son côté spontané. Le côté brut et spontané est important. C’est ce qui le rend humain. Un carnet présenté comme un livre sans ratures, bavures, ni erreurs, léché avec une mise en page au carré serait pour moi comme étranger. Pour moi le carnet de voyage: c’est le témoin de notre aventure dans une vérité brute.

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Quels conseils pourrais-tu donner à un débutant ?
De se lancer, de pratiquer sans relâche, de ne pas se décourager, d’être soi même, de tester, jouer (que cela soit avec la typographie, la couleur, la mise en page, les collages, les matières, les associations de techniques entre elles… chacun son truc!) de ne pas chercher à ressembler à untel ou untel mais de vivre le carnet dans son introspection : y mettre ce que l’on aime, ce qui nous ressemble. Ne pas se brider.
Avoir un petit carnet sous la main au quotidien aide beaucoup à s’exercer. On le glisse dans le sac ou la poche et on croque à tout moment : au resto quand l’attente est trop longue, au repas de famille qui s’éternise, à la gare ou dans le métro pour passer le temps plus vite, au jardin ou au musée…au fil des croquis, votre regard va s’aiguiser, votre poignet s’assouplir et votre aisance et rapidité s’améliorer. Il n’y a pas de secret, il faut pratiquer régulièrement! On peut faire un carnet de voyage sans forcement aller loin ou en faisant travailler son imagination.
Il n’y a pas de « recette » selon moi pour le carnet de voyage. C’est un peu l’école de la liberté. Néanmoins, je comprends que pour les novices en art, des pistes et des chemins pour ouvrir leur champ artistique puisse beaucoup aider à explorer ce domaine. C’est pourquoi je propose cet été un stage de carnet de voyage de 4 jours à Brioude lors du festival de l’aquarelle. On y apprends à fabriquer soi-même son support carnet à base de matériaux de récup, y découvre des techniques (le monotype), pratique la couleur, l’écriture, la mise en page. Tout plein de conseils et astuces pour se sentir à l’aise, explorer l’artistique et faire un joli carnet unique et personnel.
Pour les informations sur le tarifs, les dates, le programme et inscription : ici

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Je tiens à remercier Aurélie pour le temps qu’elle m’a accordée. Elle m’a également fait parvenir des liens d’autres carnettistes talentueux que je vous présenterai dans une sélection de blogs la semaine prochaine.

2 commentaires Ajoutez les votres
  1. Je trouve votre site en cherchant comment faire ses premiers pas comme carnettiste.
    Merci ! Aurélie Péjadras ouvre beaucoup de réflexions et je suis touché par son approche authentique « brut » de la pratique.

    1. En ce moment j’ai moins l’occasion de publier sur le thème des carnets de voyage sur mon blog, car à la place j’essaye de dessiner. Mais il y a plusieurs articles sur le sujet dont également une interview dans un genre très différent de Claire Marca.

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