Le challenge Lire au féminin : bilan… et suite

Et voilà, cela fait un an, que je vérifie avant d’ouvrir chaque livre le genre de l’auteur. Si vous avez loupé le pourquoi du comment, je présente là mon challenge Lire au féminin.

Pour les plus pressés : après hésitation, je ne vais pas renouveler le challenge (j’en parle plus bas).

À présent, place au bilan !

Lire des autrices : un jeu d’enfant ?

Côté romans, j’ai trouvé qu’il était facile de connaître le genre de l’auteur. En m’intéressant à ce point précis, j’ai par la même occasion réfléchi à la notion de livre own voice et à sa pertinence. Il s’agit de mettre en avant que tel récit sur le handicap est écrit par une personne avec le même handicap (cela fonctionne aussi pour des personnages/auteurs LGBTI+ ou d’une nationalité ou culture précise).
C’était passionnant et je trouve le monde du livre en pleine ébullition et certaines personnes sont fantastiques pour provoquer réflexion, prise de conscience et changement.

Par contre, côté manga et BD, la question du genre est plus complexe. Ainsi de nombreux mangaka ne sont absolument pas connus. Il n’y a aucune photo, aucun âge, aucun genre. Il y a aussi des pseudo qui dissimulent des équipes mixtes. Seules 67 % de mes lectures BD et mangas ont été écrites par des femmes (avec certitude). Ici, l’envie de calculer et de tout vérifier m’a permis de voir que 3 % de mes lectures étaient écrites des personnes non-binaires (utilisant le pronom iel).

Je dois dire que cette recherche du genre a beaucoup occupé mon esprit et j’ai volontairement mis des livres de côtés sous le seul prétexte que c’était un homme qui les avait écrit. C’est arbitraire, mais finalement pas plus que la taille (pour que ça rentre dans mon sac à main) ou la couverture (j’aime quand mes livres sont beaux).

récits écrits pas des autrices

Est-ce que ça change quelque chose ?

Spontanément je dirai que non, mais je crois que cette année de lecture était finalement passionnante. Ainsi, à forcer la diversité, j’ai lu plusieurs récits non-hétéronormés. Par ailleurs, les femmes sont majoritairement mieux traitées, elles sont plus compétentes, on attend moins qu’un homme sauve la situation.
Ce n’était même pas des récits mieux écrits, je n’ai pas plus de coup de cœur que les années précédentes. C’est juste que les personnages féminins étaient tous bien plus crédibles.

En choisissant que des autrices, je me crée un biais, j’oriente totalement mon esprit. Mais puisque la lecture est un loisir, je suis ravie de mettre de côté une part du patriarcat. Une part seulement, car ces femmes plus crédibles subissent aussi avec bien plus de justesse le patriarcat justement. L’importance d’être belle et à la mode pour l’une des héroïnes de Ranee, Tara, Sonia, Chantal, Anna. Les agressions lorsque deux femmes s’embrassent dans la rue dans Tant qu’il le faudra (tome 1). L’invisibilisation et le mépris pour les femmes scientifiques dans L’effet Matilda.
C’est du coup aussi très fatiguant de lire des récits un peu trop juste et j’ai abandonné le manga En proie au silence à cause de sa violence implicite (il est questions de viols). J’étais vraiment trop mal à le lire.

Et la suite ?

Je vais continuer à prêter attention aux auteurs, non pas pour forcément ne lire que des femmes, mais pour mieux connaître les biais de ceux qui ont conçu le récit. Un exemple qui a fait couler pas mal d’encre est la série Alma (que je n’ai pas lu) très critiqué car l’auteur est un homme blanc pour une héroïne adolescente noire quittant l’Afrique pour subir l’esclavage. On se doute que le résultat ne peut pas être le même que si l’auteur était une femme ayant subi un déracinement violent ou une descendante d’esclaves.
Actuellement, j’ai envie de lire des récits dans lesquels les biais seront réduits. Je préfère une autrice nigériane pour un récit au Nigéria. Impossible d’être parfait dans mes choix. Ainsi j’ai décidé de lire le manga A sign of affection car les autrices ont travaillé avec une personne maîtrisant la langue des signes. Elles ne sont pas sourdes mais ont reçu une aide concrète, pour le moment, ça me va.

Il est très probable que je continue à lire principalement des textes écrits par des femmes car j’en ai acheté quelques uns (et que ma PAL déborde) et j’ai noté plein de références repérées en ligne. Mais je ne souhaite pas continuer à animer le challenge car j’ai trouvé difficile de publier des articles ici et de relayer vos propres articles (ou vos publications Instagram). Vous l’avez probablement remarqué et je m’en excuse. C’était plus de boulot que je n’avais d’énergie.

Le tour du monde en 80 livres

Par contre, Bidib propose un challenge qui correspond à mon envie du moment. Intitulé Le tour du monde en 80 jours, il invite à lire des textes d’auteurs et autrices de nationalité différente. J’ai pas mal de livres en attente chez moi qui pourrait convenir comme
– Lire Lolita à Téhéran, d’une autrice iranienne
– Parce que je déteste la Corée, d’une autrice coréenne
– L’ode au chou vert, d’une autrice japonaise
– Rosa Candida, d’une autrice islandaise

Mes coups de cœur lecture 2021

En guise de conclusion, je voulais juste citer et présenter brièvement mes coups de cœur de l’année.

La vie vue d’en bas, un roman ado avec une héroïne d’origine chinoise à Atlanta en 1890. Une lecture agréable et pourtant engagée.
Les tribulations d’Esther Parmentier, tome 1 et 2, j’ai adoré. C’est de la fantaisie urbaine française avec des vampires, des fantômes, une culture geek totalement assumée.
roman en apnéeEn apnée est un roman en vers. Accessible dès 10 ans, il se dévore et relate à merveille les premiers émois amoureux et surtout l’incompréhension de la narratrice qui est attirée par une femme. Peut-on vraiment aimer une personne du même genre que soi ? J’ai tellement aimé que Nine et mon amoureux l’ont lu (et apprécié).
L’espace d’un an est un roman de science-fiction très doux. C’est surtout le quotidien d’une équipe qui cohabite de force dans un vaisseau, alors que les cultures et les mœurs varient beaucoup de l’un à l’autre.
Daisy, lycéennes à Fukushima, un manga (en deux tomes) bouleversant sur les rêves et peurs des adolescents un an après l’accident de la centrale nucléaire à Fukushima.
Kamakura Diary, une série manga de 9 tomes que j’ai dévorée pour sa douceur, son réalisme et l’ambiance familiale qu’on y trouve.

J’ai lu deux livres à voix haute avec Nine que nous avons adorés : l’effet Matilda et la biographie Sophie Germain la femme cachée des mathématiques. J’aimerai dédier un article à chacun d’entre eux, entre autres car nous aimerions faire un Sophie Germain Trip.

Par ailleurs, je n’ai lu qu’un seul roman en anglais (et c’est déjà bien en fait). J’ai aussi lu trois pièces de théâtre, deux recueils de poésie (en entier, car j’ai tendance à picorer), un essai (sur le racisme), trois récits de voyage (ça c’est très faible par rapport à mes habitudes) et une nouvelle japonaise.

Et en vrai de vrai, de vous à moi, ce que j’aimerai beaucoup pour 2022, c’est diminuer fortement ma PAL, ne plus acheter de livres juste parce que je déprime et peut-être lire plus en anglais (ce serait la cerise sur le gâteau mais je n’en ai pas beaucoup dans ma PAL…).

Merci à celles qui ont participé au challenge Lire au féminin, j’espère que vous y avez pris du plaisir. Merci à celles qui ont suivi cette aventure et m’ont aidé à réfléchir à la question sous plein d’angles différents.

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