Sourire aux lèvres et dos en sueur – Angkor à vélo

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Angkor en véloNaïvement je pensais qu’Angkor et Angkor Vat c’était la même chose, un très grand temple, celui que l’on voit sur le drapeau du Cambodge, où des millions de touristes défilent tous les ans. J’avais vaguement conscience qu’il y avait d’autres temples autour, mais bon, il y a également d’autres églises autour de Notre Dame de Paris…

Angkor Vat, ce n’est même pas un rêve de petite fille. Comme je le disais dans mon article sur nos 17 jours au Cambodge, c’est un lieu tellement célèbre, entouré de jungles mais également situé dans un contexte de guerre civile durant mon enfance, que je ne pouvais imaginer m’y trouver un jour. En plus je n’aime pas la foule et j’imaginais les visites d’Angkor Vat comme un jour d’affluence devant la Joconde. Enfin, jusqu’à ce que je lise cet article sur Angkor loin de la foule (et en vélo) et que je me mette à imaginer qu’un jour peut-être, je pourrais y aller également.

Il était donc évident pour moi lors des préparations de notre voyage au Cambodge (effectué en oct-nov 2017), que nous passerions une journée à découvrir les temples d’Angkor en vélo. Une autre évidence, en raison de la présence de Nine et de ma préférence pour les gens plutôt que pour les vieilles pierres (un avis pas franchement partagé par mon namoureux et son père), était que nous prendrions le pass 3 jours et que nous alternerions journée à Angkor et journée de visites autres.

C’est ainsi que le premier jour nous avons tous enfourché un vélo pour partir sur le petit circuit d’Angkor, revu à ma sauce. Au programme (dans le désordre) : les remparts, les portes de la cité, le Baphuon (et le Bouddha couché), l’enceinte royale, le Phimeanakas, le Preah Paliley, le Phnom Bakheng, la terrasse du roi lépreux, la terrasse des éléphants, les Kleangs, le prasat Suor Prat, le bassin Sra Srang… Les connaisseurs auront remarqué que j’ai volontairement évité les deux sites majeurs pour cette première journée.

Je ne faisais pas la fière au moment de monter sur le vélo. J’embarquais avec moi, ma belle-mère et ma fille, et j’avais des sérieux doutes sur leur capacité respective à faire 29 km à vélo dans la journée. Et puis la circulation locale est assez spéciale, reposant sur un principe simple : la fluidité (comprendre : ne jamais s’arrêter). J’avais prévu de l’eau et de quoi grignoter, mais j’étais bien la seule (heureusement que la location de vélo incluait 1l d’eau en gourde par personne).

Sur la route nous apercevons des singes, des buffles et des vaches. Des hamacs sont installés ici et là. Malgré la température ambiante, tant que je pédale, je trouve qu’il fait bon. Et nous arrivons enfin au bassin qui entour Angor Vat. Je le sais uniquement car j’ai regardé des cartes avant de partir, car on ne voit rien d’autres que des arbres de l’autre côté d’un point d’eau aux lignes parfaitement dessiné. Nous pédalons autour du bassin et la première chose qui s’offre à nos yeux est un immense parking plein à craquer. La matinée est bien entamée, bus, motos et tuktuls attendent les centaines de touristes qui ressortiront bientôt de leur visite. L’entrée du temple est là sur notre droite.

Angkor Vat est au centre de ce bassin…

Nous mettons à peine pied à terre, nous snobons littéralement ce site incroyable pour rejoindre Phnom Bakheng, un temple colline dissimulé aux yeux de tous depuis la route. L’ascension à pied nous écrase, les réserves d’eau descendent vite. Et puis brusquement notre premier temple, le plus majestueux, le plus impérissable car le premier qui s’offre véritablement à nos regards. Nous sommes seuls, n’apercevant que des ouvriers sur un côté et deux gardiens sur un autre.

Au loin, dans une trouée d’arbres, Angkor Vat. Difficile de se rappeler que sous les arbres s’agitent des milliers de touristes du monde entier.

Angkor Vat au loin
Depuis l’une des terrasses de Phnom Bakheng

La journée se poursuivra avec une alternance de trajet en vélo, grisant et irréel, et de visites commentées par mon namoureux (dire qu’il avait râlé il y a quelques années lorsqu’il avait été obligé de suivre un cours sur le sujet à l’École du Louvre…). Et ces visites alternent entre grand moment de solitude et moment entourée d’une foule écrasée par la chaleur.

J’ai adoré Baksei Chamrong, un temple pyramide qui ne ressemble à rien de ce que j’avais déjà vu en photo. Nous nous sommes sentis l’âme d’explorateurs dans les ruines du temple de Phimeanakas. Nine a pleuré devant l’entrée du Baphuon interdit au moins de 12 ans (que je n’ai pas vu non plus donc) et nous en sommes repartis sans même trouver le Bouddha Couché qui est pourtant visible de l’extérieur (quoiqu’on me chuchote que je suis la seule à ne pas l’avoir vu). Les ruines de Ta Prohm ont gagné le cœur de Nine, c’est incontestablement son temple préféré, celui qui permet de se sentir véritable aventurière. L’une des autres vues absolument incroyables de cette journée est celle offerte par le bassin d’ablutions du roi et ses épouses, le Sra Srang.

Découvrir Angkor en vélo était une merveilleuse idée, qui donne encore plus de grandeur et de majesté au site, tout en le rendant accessible. J’ai eu l’impression d’avoir un accès privilégié toute la journée, alors même que je possédais le même ticket d’entrée que tous les autres visiteurs présents. Il faut dire que Nine était installée sur un vélo suiveur, qui attire autant le regard en Alsace qu’au Cambodge. Et nous avons ainsi souvent eu l’occasion de discuter avec les gardiens et guides, de nous asseoir à leur côté, de parler vélo… Être un peu moins touriste et un peu plus humain.

Et c’est ainsi que malgré certaines courbatures chez certains, il a été décidé de reprendre les vélos pour notre deuxième journée sur place !

La deuxième journée possédait un programme bien plus classique : Angkor Vat et le Bayon étaient à l’honneur. Encore une fois nous avons découvert les lieux sans guide et même en deux groupes, mes beaux-parents n’avançant pas à la même vitesse que nous. Devant les fresques mon namoureux faisait revivre les événements mythiques ou historiques pour nous. Nous complétions nos informations avec des bribes d’explications piquées aux guides autour de nous (tous n’ayant pas l’air aussi au point). À présent Nine et moi sommes quasiment des expertes sur l’histoire du barattage de la mer de lait, un mythe incontournable pour comprendre la majorité des décorations sur place.

En s’approchant d’Angkor, il suffit de quitter le chemin principal pour quitter les touristes
Temple moderne installé à côté d’Angkor Vat, derrière les boutiques de souvenirs
La vue quand on tourne le dos à Angkor Vat

En fin de journée, à cause de ses cours d’archéologie, mon namoureux voulait absolument voir le Baray occidental. Il est donc parti seul avec Nine, dans une expédition digne des plus grands explorateurs. En cette fin de saison des pluies, le chemin est sec mais les champs tout autour ont les pieds dans l’eau. Aucun touriste ne semble jamais venir dans le coin. Tous deux rencontrent un homme qui leur sert de guide, passent entre les maisons, les jardins, la vie tellement quotidienne qu’on se surprend à la trouver là, à deux pas d’un site touristique international. Ils en sont revenus avec les yeux qui brillaient, aucune photo mais probablement un souvenir pour la vie.
Pendant ce temps je me perdais avec plaisir dans les couloirs du Preah Khan et j’assistais à un shooting photo des plus organisés et exigeants avec une mariée vraiment patiente.

Cette journée n’a pas été marquée par l’excitation d’être en ces lieux, mais par de vrais moments de découverte, tous les trois ensemble, et une approche plus sérieuse et posée de l’histoire d’Angkor.

Pour notre troisième journée, j’avais prévu quelque chose de complètements différents, nécessitant de prévoir un tuktuk (ou une voiture avec chauffeur, notre choix étant cinq personnes). On peut tout à fait passer cinq jours uniquement au milieu des temples sur le site d’Angkor même, cependant cela demande des connaissances et une passion que nous n’avions pas. Par contre, à une vingtaine de kilomètre se trouvent le temple de Banteay Srei dédié à Shiva et la rivière aux Mille Lingams.

Le lingam est une forme de sculpture dont le nom n’est pas traduit car il est un peu trop explicite. Il s’agit d’un symbole phallique installé dans un carré nommé yoni qui est son équivalent féminin. Les deux doivent être aspergé d’eau pour permettre aux dieux d’offrir fécondité à la terre et aux hommes. En principe un brahmane verse l’eau sur le lingam qui coule ensuite dans le yoni et ressort par un réseau de gouttière. Pour simplifier le processus, des lingams et yonis ont été installés de façon à recevoir l’eau de pluie à l’intérieur des temples.

Et surtout, le fond d’une rivière a été complètement sculpté de ces motifs pour que l’eau qui coule naturellement soit intégralement bénite. Plutôt malin d’un point de vue religieux, mais absolument incroyable à découvrir. Car il s’agit d’un véritable cours d’eau avec des mètres de sculptures et pas seulement les formes simples des lingams et des yonis.

Le chemin pour rejoindre la rivière aux Mille Lingams
Les lingams et yonis sont bel et bien au fond de la rivière

Plus loin la rivière devient cascade, un lieu qui semble bien connu des locaux comme une piscine parfaite pour les familles. Vous vous doutez bien que Nine est allée se baigner, se lançant glisser sur les pierres douces comme sur un toboggan, pour son plus grand bonheur et pour celui des cambodgiens l’entourant. Je crois que ce jour là ils ont découvert que toutes les petites filles blanches ne sont pas en porcelaine et les éclats de rire fusaient.

J’ai un souvenir beaucoup plus confus du Banteay Srei. Les enfants qui nous courent après pour nous vendre des cartes postales nuisent au décor. Les touristes sont également nombreux et ils se déplacent tous en groupe, gagnant de facto le droit de pousser, passer devant, prendre toute la place physique et sonore.

La pierre rose et finement taillée du Banteay Srei

Angkor en vélo, aspects pratiques

Le plus simple et économique est de louer des vélos directement à son hôtel. Par contre faites bien attention à la distance entre votre hôtel et Angkor Vat. La petite boucle que nous avons fait mesure 17 km distance à laquelle il faut ajouter l’aller-retour jusqu’au site.
Ayant besoin d’un vélo pour Nine, nous nous sommes rendus chez GrassHooper, une agence de location de vélos juste à côté de notre hôtel. Nous avons payé 12 $ par vélo pour une journée et 15 $ pour le vélo équipé d’un vélo suiveur pour Nine. C’est bien plus cher que les 2 $ demandés par les hôtels, mais nous ne l’avons pas regretté une seule seconde, les vélos, des VTT, étaient en excellent état. Le prix comprend une gourde d’eau, un antivol et un casque. Par contre il n’y a pas de lumières et il faut réclamer les gardes-boues (gratuit).

Concernant les tickets d’entrée à Angkor, je vous suggère de les acheter avant votre premier jour (à moins de visiter en tuktuk ou autre véhicule motorisé). Par contre le pass ne peut être vendu qu’aux personnes présentes puisqu’on est pris en photo. Les enfants de moins de 12 ans ne payent pas. En 2017, le tarif venait d’être augmenté et le prix du pass Angkor 3 jours était de 62 $.
Dans les temples d’Angkor à visiter avec des enfants, je vous conseille en priorité : Phimeanakas, Ta Prohm et Preah Khan. Il y a des toilettes un peu partout quoique assez espacé les uns des autres.

Des plans gratuits de Siem Reap et Angkor sont disponibles dans les hôtels et certains restaurants en ville. Ce plan était bien plus pratique et complet que le petit plan de mon Lonely Planet Cambodge.

Le pass est nécessaire pour découvrir la rivière aux Mille Lingams et le Banteay Srei, même s’ils sont à une vingtaine de kilomètres. Les lingams se découvrent après une marche de 1,5 km dans la jungle, prévoyez avec vous de bonnes chaussures, suffisamment d’eau, éventuellement un pique-nique et de l’anti-moustique.
Nous avons complété cette journée avec une visite de Angkor Centre for Conservation of Biodiversity (absolument génial, j’en parle un peu ici) et du Cambodia Landmine Museum (vraiment mal fait, je vous le déconseille).

Enfin côté logement nous avons séjourné au Soria Moria (qui se nomme Sun Inns Hotel depuis qu’il a déménagé), absolument génial. Je l’avais choisi car les employés détiennent 51 % des parts et sont très impliqués dans sa gestion. Et nous avons du passer une nuit au Glory Angkor Hotel, avec une piscine sympa et un design intérieur original. Les deux sont situés en plein centre d’Angkor et permettent de quasiment tout faire à pied ou en vélo.

11 commentaires Ajoutez les votres
    1. Enfin si tu trouves que 36° pour le Japon c’est trop chaud, dis toi que là c’est pire. Il faut chaud et humide (et encore j’y étais pendant la saison la plus agréable…
      En fait il n’y a que sur le vélo que le temps semblait agréable

  1. Que de souvenirs en lisant cet article ! 3 ans déjà pour nous, mais le souvenir de ces temples est précis comme si c’était hier ; surtout l’ambiance que l’on a ressentie dans ces vieilles pierres de 900 ans !
    Nous n’étions pas à vélo à l’époque, matériellement difficile avec 4 enfants de 3 à 10 ans, et j’aurais aimé les découvrir ainsi, loin de la foule des touristes. Mais nous avions un chauffeur de tuk-tuk (de notre guesthouse La Two Dragons) très prévenant, commençant les circuits en sens inverse pour être à contre-courant, gardant un ou plusieurs enfants quand en fin de journée ils fatiguaient, nous commentant chaque temple de ses quelques connaissances…
    C’est sans aucun doute un des sites qui nous a le plus marqué lors de notre tour du monde, même si l’affluence des touristes nous a parfois exaspérés…

    1. Merci de partager ton souvenir avec nous. C’est vrai que les chauffeurs de tuktuk peuvent apporter vraiment beaucoup à chaque balade sur place. Ceux qui nous ont le plus impressionné (par le prévenance et leurs connaissances) nous étaient également recommandés par nos hôtels.
      Et par curiosité, tes enfants s’en souviennent aussi aujourd’hui ? Ce lieu les a-t-il aussi marqués ?

      1. C’est variable en fonction de l’âge : ils avaient à l’époque 3,5 ; 7 ; 9 et 11 ans. Pour les grands, les souvenirs sont bien réels. La petite dernière se rappelle de certaines anecdotes ; elle me dit parfois qu’elle se rappelle de telle personne ou de tel endroit. Ce sont parfois des petits points de détails qui ne nous ont pas forcément marqué. Entre frères et sœurs, ils en parlent aussi et se remémorent leurs souvenirs. Et de temps en temps, on entretient aussi le souvenir avec des séances photos !

        1. Merci de ton retour. Ma fille est encore petite alors je me demande toujours ce qu’il lui restera, l’impression d’une maman folle, de beaux moments ou des souvenirs plus tangibles… Seul le temps pourra me le dire.

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