Mon village pour aller dans la vie

Vendredi j’ai reçu une newsletter de Claire, comme tous les vendredis depuis quelques semaines déjà. Elle arrive en même temps que celle de Titiou Lecoq que j’ai tout autant de plaisir à lire. Si la seconde a tendance à faire monter l’indignation en moi, la première me plonge souvent dans de longues réflexions et les émotions sont diverses au fil de la lecture. L’une me rappelle que le monde est détraqué et l’autre que cela ne signifie pas que l’on doit juste souffrir à cause de ce monde.

Ainsi ce vendredi le thème de la newsletter de Claire était la communauté qui peut entourer chacun d’entre nous. J’ai commencé dubitative. Puis j’ai été en colère (totalement lié à un profond sentiment d’injustice, avec mélange de jalousie et de solitude) avant d’avoir un gros blanc face à son projet de groupe prénatal. J’ai donc lu la suite un peu perplexe et quand je suis arrivée à la fin, j’ai eu envie d’envoyer son mail à plusieurs personnes (dont je n’ai pas les mails). Alors j’ai marqué le mail en non-lu pour le relire plus tard, aujourd’hui. D’ici là, j’avais entre les mains un gros tas de laine (pour reprendre une réflexion de Claire) à démêler pour en faire une belle pelote qui me permettra ensuite de tricoter de belles choses dans mon quotidien.

 

Mais pourquoi j’en parle ici ?

Car c’est par ici que pendant longtemps il y avait ma communauté. Cependant si j’en parle ici, c’est que je me demande si mon attrait absolument immodéré pour le voyage ne serait pas ce qui m’a amené à refuser de me construire un nouveau village. Et puis c’est mon blog, dont je ne sais trop quoi faire en cette période d’immobilité.

« Un proverbe africain dit « il faut tout un village pour élever un enfant ». J’irais plus loin : il faut un village pour aller dans la vie. »

Phrase directement extraite de la newsletter de Claire.
Cette semaine, j’ai répondu à diverses questions sur Mon autre reflet concernant notre choix de l’instruction en famille. Et j’y raconte que j’ai eu la chance d’être très bien entourée avant la naissance de notre fille. Cette communauté, je ne l’ai pas construite, je ne l’ai pas réfléchie volontairement. Toutefois j’avais mon groupe prénatal même si j’étais la seule femme enceinte de ce groupe. J’avais autour de moi des femmes, déjà mamans ou non, absolument fantastiques pour m’accompagner, me conseiller ou prêter des tonnes de bouquins et avec qui partager des tisanes et des pâtisseries.

Une fois notre projet de vie nomade validée, nous avons naturellement intégré une autre communauté qui était à l’époque assez limitée, celles des nomades, francophones ou anglophones. J’avais bien entendu gardé contact avec les gens importants pour moi avant notre départ, mais en cas de besoin, je savais qui contacter pour partager mes doutes, récupérer des conseils pour trouver un logement, plaisanter sur une nouvelle situation ubuesque.

J’étais passé d’une communauté physique, parisienne et féminine à une communauté numérique, de parents voyageurs. Dans les deux cas, ces villages étaient un prolongement de mon identité, mais peut-être aussi un miroir qui me renvoyait une image qui me convenait. J’avais plaisir à en faire partie, j’étais heureuse d’être associée à ces personnes.

Sauf qu’un village, pour exister, a besoin de la vie de ces habitants. On peut se sentir seul dans une foule. Et quand notre projet de vie hors de France a pris fin abruptement (je raconte tout ici) j’ai abandonné pas mal les rênes de ma vie et fui de nombreuses personnes (dont tous les voyageurs). J’ai des tas d’excuses que je me donne, des tas de très bonnes raisons et tout autant de reproches. Mais je me demande si je ne suis pas arrivée à un point où je peux regarder en arrière et me dire que c’est juste ce qu’il fallait à ce moment-là, entrer dans une coquille un brin trop imperméable, et que maintenant il faut que je me remette en mouvement.

Je n’ai aucune idée sur la meilleure façon de trouver mon village ou même sur la façon de le construire. Surtout en période de confinement. Je pense qu’il faut d’abord que je me remette moi au centre de ma vie et que je cesse de tout organiser pour ma fille. Jusqu’ici ma seule « communauté » était celle liée à l’instruction en famille et j’y étais non par affinité personnelle (quoique j’aime beaucoup certaines personnes) mais pour permettre à ma fille de voir ses amis. Sauf que ces rencontres ne me nourrissaient personnellement que très rarement.

Est-ce que je me sens seule dans cette grande ville qu’est Mulhouse ?
Oui, sans aucun doute.
Est-ce que je suis seule ?
Je ne crois pas, je ne crois plus.

Il ne me reste plus qu’à cesser de croire qu’en proposant un thé à certaines personnes je vais les ennuyer plus qu’autre chose. De cette étape-là, je pourrais passer à la suivante dès que le confinement sera fini et inviter du monde. Peut-être que je pourrai alors de nouveau inviter chez moi des femmes qui auront envie de prendre le thé, en tricotant/dessinant/observant, en papotant, en partageant des recettes, en se soutenant.

Il ne me reste plus qu’à savoir comment rester en contact avec ces personnes qui m’entourent même en vivant parfois très loin. Car pour la communauté numérique, je trouve ça plus difficile aujourd’hui qu’il y a 9 ans. J’ai pourtant des noms précis en tête de personne avec qui j’aimerai échanger plus, non pas entre abonnés à nos réseaux sociaux respectifs mais pour voir s’il est possible de créer une amitié (ou même retrouver une amitié ancienne).

Pour l’instant, je n’ai toujours qu’un énorme tas de laine devant moi, ce qui en soit est un premier pas. Je ne sais pas bien comment dénouer ce tas de fil, je ne sais même pas ce qu’il en ressortira. Mais je connais en partie sa couleur : il est riche de teintes d’aventures (passées, rêvées ou futures), de livres, de gourmandises, d’écoute.

PS : Pour des touches de bienveillances et de légèreté, comme des pois colorés sur une robe qui tourne, direction le site internet de Claire pour s’inscrire à sa newsletter (en bas de page).
PPS : Si vous n’osez pas répondre à tout ça en commentaire public, je lis aussi les messages reçus en privé.

10 commentaires Ajoutez les votres
  1. Encore une fois ton article me parle beaucoup. J’ai eu aussi ce genre de réflexion sur les groupes auxquels je me suis sentie appartenir. Celui de mes études s’est vidé de son sens après quelques années (a part une belle amitié que j’ai conservée), celui du domaine professionnel ne s’est jamais vraiment construit, celui de la famille n’a jamais été un pilier soutenant, et celui du blogging voyage, qui m’a nourrie pendant de nombreuses années ne me fait plus vibrer.
    Les réseaux sociaux me permettent de piocher, de m’entourer d’idées plus que de personnes actuellement.
    Et je me retrouve aussi tellement dans ta peur de déranger les gens (dont j’essaye de le guérir petit à petit).
    Bref, je suis heureuse de lire ton article qui me rappelle que c’est à moi de tricoter ma vie en y incluant de jolis fils colorés ❤️ Et avec plaisir pour papoter, en espérant avoir un jour la chance de partager un thé

  2. J’aime beaucoup cette image de villages.
    Je crois que je me construis toujours pas mal de petits villages autour de moi, parce qu’au final j’appartiens aussi à plusieurs communautés, le voyage, les livres, les jeux de société, les sorties, les anciennes amitiés scolaires, etc. Parfois je rêve de voir tous ces petits villages se croiser et de retrouver des personnes qui se trouvent loin de moi.
    En revenant en France, à Mulhouse, j’ai vraiment cherché la compagnie de voyageurs, qui d’autre aurait pu comprendre ce que j’ai vécu? Et le mal être du retour? Et dans ce petit village voyageur, crois moi, je suis vraiment très très heureuse d’être tombée sur toi. Nos moments ensemble sont des évasions, des inspirations. Vraiment. Alors n’hésite jamais pour le thé, et j’ai vraiment hâte de faire ce goûter asiatique (j’ai des mochi, du thé spécial et du ramone dans mon placard et promis j’y toucherai pas avant qu’on puisse se voir!)
    Tout ça pour dire: je veux bien faire partie de ton village mulhousien 🙂

  3. C’est touchant cet article. La notion de ce village je l’ai connue quand je suis devenue maman, et ça me paraît être une évidence qu’on ai besoin de pleins de beau monde autour de soi pour élever des enfants épanoui. Je n’avais jamais fait le rapprochement avec juste moi, mais la encore c’est une évidence. Je me sens terriblement seule mais je n’ose pas créer de quelconque amitié car je sais que je serais terriblement triste de quitter les gens quand je vais partir. (Ce qui s’est passé au Japon). La distance me pèse. En tout cas comme toujours toi et Claire êtes très inspirantes. Merci de partager tes pensées !

    1. Ah, tu fais partie des gens avec qui j’aimerai prendre un thé et papoter, mais je ne suis pas très à l’aise pour le faire en ligne (et j’ai une lettre à t’écrire). Toutefois, si tu sens un jour que tu as peut-être un créneau pour papoter, on peut se retrouver en ligne avec grand plaisir !

  4. Quelles belles réflexions, Tiphanya… (comme pour la newsletter dont tu parles, j’avais mis de côté ton billet de blog pour pouvoir venir le lire tranquillement ^_^) Tout un village, oui. Se créer son village de coeur aussi. A son rythme, à sa façon, selon ses besoins. J’ai aimé te lire et te souhaite sincèrement de beaux échanges choisis et fructueux. 🙂

  5. Je trouve cet article très touchant et intime. Merci pour ce partage à cœur ouvert.
    Je te rejoins dans cette idée de communauté autour de nous. La vie c’est le mouvement, on change, et les personnes qui nous entourent aussi… mais c’est vrai qu’il est essentiel d’être entouré, et d’être entouré de gens qui nous apportent du bonheur. Pour ma part je trouve que les « amitiés virtuelles », au bout d’un moment, ont besoin de plus de consistance et de réalité (en tout cas c’est ma vision des choses), et c’est là que la séance thé/pâtisserie entre en jeu 😉
    En tout cas je te souhaite que de très belles choses surgissent de cette période un peu bizarre et chaotique…

    1. L’avantage du virtuel est de garder contact à distance. Mais effectivement je pense aussi que le passage par la pâtisserie est indispensable à un moment donné, cela apporte une autre dimension.

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