J’aime les listes

Cette semaine, j’ai découvert qu’une blogueuse américaine que j’aime beaucoup est actuellement en train de pédaler sur l’Eurovélo 6. Elle et son mari sont en selle, tandis que leurs deux enfants de moins de 4 ans sont dans une carriole à l’arrière. Ils font du camping, loin d’un certain confort qu’elle avait l’habitude de décrire sur son blog. J’hésite entre jalousie et admiration. Rejoindre la Mer Noire à la force de mes mollets me fait rêver. L’absence de douche quotidienne, la vie à trois sous une tente m’arrachent une grimace.

Voilà où j’en suis en ce moment, entre rêve et grimace, grande interrogation, fatigue, déception et envie de repartir. J’endosse totalement mon rôle de maman, jouant à cache-cache, au jeu de sept familles, à partir en bateau. J’ai une sensation de vide, l’impression de n’avoir rien à dire à la fin de la journée. Pas de ne pas avoir assez vécu, mais de ne pas avoir eu le temps de m’enrichir personnellement. Ma fille saute à pied du canapé, choisit ses vêtements avec soin, ne souhaite pas se vêtir seule, mais enfile ses chaussettes sans aucune aide, pressée de sortir se promener.
Nous lisons Nestor et Elliot (de Melanie Rutten) plusieurs fois par jours. Une balade par semaine à la bibliothèque ne me laisse que deux minutes, au pas de course pour apercevoir les rayons adultes, trop loin des rayons jeunesses. Ma découverte du rayon abritant les récits de voyage m’a déprimé, si pauvre, offrant si peu de rêves lointains.

Mes évasions se font à la lecture des offres d’emplois. Je découvre la géographie du monde. Je localise Guayaquil en Équateur avant de passer un entretien (qui ne débouchera sur rien d’autres qu’une frustration de ne finalement pas aller voir comment c’est en vrai). J’ai révisé mon jugement sur la taille raisonnable pour une ville chinoise, entre population totale et population urbaine… Alors bien entendu, ici, sur ce blog que je veux comme une porte ouverte sur le monde, ma feuille de texte reste désespérément vide. Mon esprit oscille entre abandon (temporaire) et entretien irrégulier. J’opte finalement pour une certaine facilité, car j’aime ce contact virtuel avec les lecteurs réguliers et les fans sur facebook. Je fais des listes, pas seulement la liste des courses, la liste des menus de la semaine, la liste des choses à faire pour le boulot, la liste des mails à envoyer. Je me lance dans des listes à partager, comme les 101 activités pour l’été ou les 20 expériences françaises. Je me limite, j’hésite, j’espère proposer des listes plus agréables comme les meilleurs chocolats du Giennois. Et je garde le silence sur le reste, plus maman que nomade, plus cuisinière qu’écrivain, n’ayant pas encore trouvé mon équilibre.

6 commentaires Ajoutez les votres
  1. Non ! Avant de postuler, toujours regarder Conseils aux Voyageurs. Dans cette ville d’Equateur, « le nombre d’enlèvements express est estimé par la police locale à un toutes les neuf heures » pour citer le site. Partir oui, mais pas n’importe où, pas à n’importe quel prix 🙂

    1. Je ne regarde jamais sur « conseils aux voyageurs » car on y trouve que l’aspect négatif. Je regarde en priorité les forums de voyageurs, les blogs de gens qui y vivent. Et pour le coup de l’Equateur, j’ai trouvé des choses très alarmistes datant du début des années 2000 et le même constat pour tout ce qui date de moins de 2 ans : la sécurité a énormément changé et on peut maintenant se promener seul dans la ville.
      D’ailleurs si j’avais suivi « conseils aux voyageurs », je n’aurai pas visité la moitié des pays que j’ai fait !

  2. Hello,
    Et oui, voyager c’est bien, trop bien peut-être car cela devient vite un besoin que les générations d’avant n’avaient pas forcément. Pour autant ces générations étaient elles moins heureuses ? Avec la banalisation des voyages, on tombe vite dans le piège, on en redemande. J’avoue, c’est génial de voir d’autres cultures, de rencontrer du monde, d’échanger, de relativiser sur son propre mode de vie. Et puis finalement, à force de rêver de repartir, on passe parfois à côté des moments tout simples de la vie qui nous échappent si l’on vit dans le futur, dans l’attente du voyage. On connaît plus de gens dans d’autres pays que dans sa propre résidence… Etre conscient du présent et de chaque instant, c’est un vrai travail de chaque jour ! C’est pourquoi, et c’est mon avis personnel, il faut vivre à fond chaque minute. C’est ce que font les enfants, d’ailleurs, et je remercie mes enfants pour ça ! Un escargot grimpe au mur ? Un oiseau qui chante dans l’arbre ? Une fleur s’est ouverte… Un cheval qui passe… on a une richesse à portée de main, au quotidien ! Sans parler de toutes les choses françaises du top 20 que tu faisais dans l’article précédent !!!
    Est ce que Nicolas Hulot, pour ne citer que lui (qui a du beaucoup voyager), aura été plus heureux que nous à la fin ? A méditer mais la réponse n’est pas certaine !

    1. Le problème des voyages est le même que pour toute passion. Il faut savoir conserver une vie privé à côté de ça. Je me souviens d’une émission de télé où l’on nous présentait un fan de Johnny. Le fan ultime, qui préférait Johnny a sa vie de famille, à ses enfants et qui attribuait plus de place à ses objets de collection qu’à ses enfants (littéralement).
      Pour moi, il me faut un équilibre, du voyage (et pas forcément à l’étranger) et du quotidien (la vie normale). Je ne pourrais m’épanouir qu’avec un seul des deux. Même si ça veut dire peu de voyage et beaucoup de bouquins un peu ethno ou des récits de voyageurs.
      On attribue souvent au voyage le rôle de rêve ultime, celui que tout le monde doit partager. Je ne suis pas d’accord, mais je ne pourrais m’en passer. Ma façon bien à moi d’être heureuse.

  3. Hello !
    Je laisse rarement de commentaires, et pourtant, je suis régulièrement ton blog car je trouve qu’il sort du lot de part l’originalité des thèmes et la manière dont tu les abordes (ça c’est un msg d’encouragement pour que tu continues à le tenir ^^) !
    J’avoue que ce billet m’interpelle car il retranscrit la grande maladie de notre génération : le désir de vivre ailleurs, différemment, mieux, ou je ne sais quoi encore. Les possibilités sont devenues tellement multiples et infinies, que nous avons parfois du mal à nous satisfaire de ce que nous avons, et je rejoins Xavier quand il dit que le plus important est de profiter de l’instant présent, sans vouloir se projeter sans cesse… C’est ce que tu fais en profitant de ta fille, en la voyant grandir et je trouve cela géniale ! Le voyage n’est pas une fin en soi, je le vois comme une passion, peut-être un mode de vie, mais il ne faut pas culpabiliser de ne pas pouvoir voyager ! On ne sait jamais de quoi demain sera fait, peut-être que la vie t’offrira de nouvelles opportunités, à l’étranger ou non, mais ce n’est pas cela le plus important (selon moi).
    Pendant mon voyage autour du monde, j’ai vraiment pris consience de ce que voulait dire « profiter de l’instant présent » et aujourd’hui, j’essaie de l’appliquer dans mon mode de vie, même si ce n’est pas toujours évident et que ça demande parfois quelques efforts car la société nous ramène toujours à vouloir nous projeter vers autre chose. Les projets sont essentiels dans la vie et c’est indispensable d’en avoir pour avancer, mais pas trop non plus sinon le fait de ne pas les réaliser nous amène à culpabiliser. J’essaie par exemple de me fixer un « objectif » à la fois (ex: terminer un album photos de voyage), histoire de me concentrer sur ce que je fais sans avoir 1000 choses en têtes constamment (car j’ai une fille de 5 mois qui m’occupe pas mal aussi !).
    J’ai l’impression que tu passes beaucoup de temps avec ta fille, ce qui est génial, mais ne faudrait-il pas te dégager un peu de temps pour te consacrer à tes centres d’intérêts ?
    Puisque tu es une adepte des listes, fais-toi la liste de tes priorités du moment, puis tu les prends une par une et tu essaies de les mener à bien ? A chaque fois, ce sera comme une petite victoire ^^ ! Par contre, ne fais pas une liste avec 50 priorités, sinon c’est décourageant !
    Bref, j’espère que tu trouveras une réponse à tes questions, et à trouver le bon équilibre comme tu dis, mais en attendant, ne perds pas de vue l’essentiel…
    Au plaisir de continuer à te lire,
    Véro

    1. Merci de ce long message. J’ai pris du temps pour y répondre car le tien comme celui de Xavier m’ont fait réfléchir.
      Mon malaise vient du fait, principalement, que je suis dans une ville où je n’ai absolument aucune envie d’être. Je ne cherche pas forcément à aller à l’étranger, mais à aller ailleurs. et je pense que tu as raison, sur le temps sans enfant, rien que pour moi. J’y travaille, tout doucement.
      Je me remets à me lever tôt, la première pour savourer le silence et être fraîche pour le réveil de mon namoureux et de ma fille. Un pas à la fois, comme tu le dis si justement.
      Encore merci.

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