Je suis allée pour la première fois à Marseille quand j’étais jeune, pas encore collégienne, quelque part entre 8 et 12 ans je dirai. Nous avions rendu visite à une amie de ma mère et nous avions passé beaucoup de temps chez elle, dans son salon. Je me souviens vaguement d’une balade sur le port et d’être allée à Notre Dame de la Garde.
Autant dire que l’ensemble est très flou, je ne me souviens même pas de l’amie de ma mère. Juste que nous avions énormément regardé la télévision (nous, les enfants) pour leur permettre de papoter. Et une remarque, une insistance : ne sortez pas tard, ne sortez pas sans nous ou sans homme (aka le conjoint de ma mère). Ces mots nous disaient que Marseille était une ville dangereuse où l’on ne traîne pas quand on est un touriste.
Peut-on alors être un touriste ?
Des petites phrases qui sèment le doute, qui collent au cerveau, qui défient le temps.
Ainsi, alors même que le Mucem (grand musée à l’architecture et au projet culturel passionnant) m’a attiré dès son ouverture, je n’ai jamais sérieusement envisagé d’aller à Marseille. Je voyage seule, c’est une ville où il faut un homme pour sortir, je n’y avais donc pas ma place.

Par contre, je suis aussi du genre à accepter les invitations à voyager et c’est ainsi que fin octobre je suis arrivée à Marseille avec deux membres de ma famille, dont une à moitié Marseillaise (mais ne découvrant la ville que depuis peu), et mon adolescente de fille. L’idée d’être avec des personnes qui avaient déjà séjourné à Marseille plusieurs fois me semblaient rassurant.
On ne commentera pas le fait que j’ai voyagé dans des endroits avec une réputation probablement pire que Marseille et que je vis dans ce que certains considèrent comme la plus horrible ville d’Alsace où l’on risque de se faire agresser à chaque fois qu’on entre dans un parc…
Faisons court : je ne me suis pas sentie une seule fois en danger.
Pourtant, la famille marseillaise a insisté sur le fait que le pont à côté de notre logement était un endroit très dangereux (discours différent de celui du propriétaire et oups, j’étais déjà passée par là), qu’il ne fallait pas se promener seule le soir dans le quartier, que, quand même, Marseille, c’est plus ce que c’était. Autant dire qu’en 30 ans, si la personne face à moi a changé, le discours est resté le même.

Heureusement, moi, j’ai changé.
Marseille a une circulation chaotique, le genre qui personnellement me met le plus à l’aise (ne cherchez pas à comprendre, je ne comprends pas moi-même). Plusieurs vendeurs m’ont tutoyée et ça aussi, ça me met bien plus à l’aise. Dans une époque où l’on tente de nous faire croire que nos voisins sont tous des agresseurs / profiteurs qui vont nous voler notre air / travail / famille, j’ai aimé la collecte de Noël dans la librairie Mazette (on est invité à acheter un livre jeunesse pour qu’il soit distribué à des enfants du quartier via… le secours populaire français, peut-être), les drapeaux palestiniens, l’absence de propos islamophobes dans l’espace public (oui, j’habite en Alsace, j’ai des attentes assez basses, y a des jours chez moi ça craint sérieusement).
Oh, je ne suis pas naïve, je me doute que la vie n’est pas plus belle, plus rose ni même moins raciste à Marseille (j’en ai aussi eu des exemples). Mais il y a dans l’espace public une forme de résistance à l’individualisme qui se voit, qui s’entend. Ça me laisse un petit pincement au cœur, de me dire que l’on dit si fort que Marseille est une ville dangereuse que les locaux (certains) y croient aussi.
Et pourtant, quand on regarde les chiffres, saviez-vous que Marseille est à la 10e place des villes dangereuses en France ? Cette évaluation repose sur le nombre de crimes et délits et le nombre d’habitants.
Un classement qui me remet les idées en place car j’ai déjà séjourné dans deux villes du top 3…
En commençant par la plus dangereuse, voici le classement 2025 : Bordeaux, Grenoble, Lille, Rouen, Lyon, Paris, Puteaux, Angoulême, Annemasse et enfin Marseille !
Source
J’aurai séjourné à Bordeaux, jamais nous aurions eu cette discussion (ici ou de moi à moi-même).


Interressant, comme des réputations même vieilles collent à la peau.
Mon frère habite Marseille, mon ex-belle-soeur aussi, et aucun problème, en tous cas rien de différent de toutes les villes de France.
A Douai, dans le Nord, on entend tout le temps pareil « ça craint » « pas en sécurité » « on n’ose plus sortir après 18h ». Ça fait 12 ans que je suis là et franchement, oui la ville a évolué, mais je ne n’y ai jamais eu peur… Même tard le soir ! Je crois que c’est un discours généralisé, guidé par la peur insufflée par les médias…