Comment l’IEF a transformé ma pratique de prof

Je suis prof de FLE* depuis une quinzaine d’années. Je suis maman d’une ado qui n’a jamais mis un pied à l’école.

Cette année, pour la première fois depuis le début de notre quotidien en IEF**, je travaille dans ce qui ressemble à une école avec des jeunes de 11 à 13 ans. Ils viennent de milieux et de pays différents, ils sont quasiment tous anglophones et scolarisés. Le plus souvent, ils n’apprennent que le français, même si durant une semaine plus de la moitié de mes élèves étaient trilingues…

Voici comment mon expérience en IEF teinte mon expérience de prof.

Créer une ambiance positive, respectueuse

Personne ne peut apprendre dans le stress ou la contrainte.

Alors chaque semaine, j’accueille mes élèves avec des origami portant leur prénom. Des marques places qui illuminent ma classe. Je dépose aussi un planning de la journée sur chaque table ainsi qu’un fidget toy en bon état (ça s’abîme vite). Je crée des feuilles de dessin libre quand j’aperçois une table qui se noircit. Je leur prépare des petits cahiers de vocabulaire (à partir d’une feuille A4 pliée).

Je déplace les tables aussi souvent qu’il le faut. J’autorise tout le monde à aller aux toilettes ou à boire. Je ne limite pas les mouvements tant que tout se passe correctement pour les uns et les autres.

Alors bien sûr, je ne peux laisser personne s’allonger pour écrire, mais c’est uniquement car ma salle est trop petite, sinon j’aurai trouvé un moyen de permettre à ceux qui le veulent de se mettre par terre.

Donner du temps

On n’obtient rien dans l’urgence.

Alors je donne du temps et de l’espace. Pour créer une ville pour des créatures fantastiques, pour construire un stand pour une foire aux loisirs, pour dessiner des flashcards sur le chocolat (et les transmettre aux élèves plus jeunes).

Je donne un objectif et ensuite je vois ce que cela donne. Car je sais que les jeunes sont plein de ressources, sauf que leur façon de voir n’est peut-être pas la mienne. Le résultat sort parfois un peu du cadre que j’avais en tête, mais si le français est utilisé, c’est OK pour moi. On fait parfois aussi moins que ce que j’avais prévu, mais je ne cours pas après la quantité.

Avec tout ce temps libre, trois jeunes filles de 10 ans ont créé un jeu sur les plantes toxiques vs comestibles en montagne, trouvés des lots pour des gagnants et ont tout animé (en bilingue) pour des jeunes de 5-6 ans et tout en français avec de grands ados !
Une autre semaine, je me suis retrouvée avec le plan d’Olaf ville en 3D !

Olaf ville en cours de FLE
Je n’ai aucune photo de la ville finie malheureusement.

Ne pas compartimenter les choses

J’ai pris appui sur Scratch pour introduire les directions.
J’utilise régulièrement les signes de Borel Maisonny pour distinguer les voyelles (les enfants ne connaissent pas, c’est vraiment un réflexe de ma part pour obtenir un A ou un I, mais bizarrement ça marche).

Nous avons discuté de Jefferson (qui a importé les frites aux États-Unis), des anneaux olympiques et chacun a prononcé tomato en anglais (avec son accent) avant de le dire en français.

Je les laisse régulièrement écrire dans la langue de leur choix sur mon tableau, avec des bonjour, au revoir et merci dans une dizaine de langue à chaque fois.

Je laisse les digressions s’inviter.

Avoir des attentes précises mais non académiques

En tant qu’enseignante, j’ai des objectifs du type « comprendre des directions ». C’est le côté sérieux, prof, officiel, ce que l’on attend de moi.

Dans la réalité, je me moque bien de ça. Je n’ai qu’un seul objectif : créer un lien positif entre eux et le français.

Car une fois qu’il y a un lien, il y a de la curiosité. Et quand la curiosité est là, à l’ère du tout numérique, ils peuvent tout faire, tout apprendre.

Conclusion

Ce ne sont que quelques points que j’ai remarqués, les points d’évolution entre avant / après une dizaine d’année en IEF. Bien sûr j’ai aussi gagné en expérience (mais uniquement via des cours particuliers et quelques groupes en ligne) et avec l’âge j’ai boosté ma confiance.
Je sais aujourd’hui sans aucune hésitation que ma priorité est les enfants. Je me mets avant tout de leur côté et je l’assume. Ça, je crois que je le dois à chaque rendez-vous avec un inspecteur, surtout les plus obtus, lors des « contrôles » pour ma fille…

* FLE : français langue étrangère

** IEF : instruction en famille

2 commentaires Ajoutez les votres
  1. bonjour, comment vas tu? sympa ton retour. mon neveu a été en IEF durant 3 ans de collège. maintenant il est en MFR. quant à mes enfants, ils ont eu un parcours plus classique. mais je comrpends que l’IEF est bénéfique pour certains. je pense que j’aurai aimé ça quand j’étais plus jeune. passe une belle semaine et à bientôt!

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