Mon autre reflet, c’est fini

Voici un article entre information et introspection.
J’écris pour le site Mon autre reflet depuis des années, rédigeant de nombreux articles sur l’instruction en famille et le matériel pédagogique. Cela occupait tous mes mercredis après-midi au minimum. Juste pour le blog.

Mais voilà, il est temps (pour diverses raisons qui ne concernent pas que moi) de fermer ce chapitre. Ce n’est pas facile, j’ai du mal avec les transitions. Pourtant je suis ravie de cette fin, j’avais l’impression d’un essoufflement, de tourner en rond, de ne plus savoir quoi écrire. Comment continuer à soutenir un mode d’éducation auquel j’ai accès d’une façon qui me semble aléatoire et injuste (ma fille est passionnée de musique) alors que si je devais commencer aujourd’hui, dans mon département, ce serait impossible ?

Ce n’est pas un hasard si la fin de ce site dédié à l’instruction en famille et aux pédagogies alternatives a lieu alors que la loi est devenue extrêmement restrictive sur ces questions. Je pense que la joie est un outil de résistance puissant. Les deux semaines de rencontre en famille proposées par l’association LAIA (et ce n’est pas la seule) rechargent les batteries. Mais actuellement la situation est morose, stressante, oppressante. Il est nécessaire d’entrer dans des cases, et les bonnes cases uniquement.
Envisager de construire l’instruction de son enfant à partir de beaux livres ou de sorties dans la nature ne devient possible que si le reste du temps est dédié au respect de la progression au sein des socles. Je repense à un inspecteur formidable qui trouvait génial que je propose à ma fille d’utiliser les comptes-rendus de ses expériences en chimie pour écrire. Car elle adorait la chimie et détestait écrire. Elle avait 8 ou 9 ans. L’année suivante, on m’a reproché de lui proposer de la chimie alors qu’elle ne maîtrisait pas l’écriture : d’abord le programme de CM2 et plus tard (en 4e) des éléments de chimie…

Worry stones
Souvenir d’un article tuto sur les worry stones

Je ne suis pas triste de la fin de Mon autre reflet, je suis triste de ce que devient la liberté d’instruction en France. J’ai un pincement au cœur quand des parents me contactent pour déscolariser leur enfant en cours d’année (quasiment impossible s’il n’y a pas de harcèlement…). J’ai honte quand je me rassure avec l’idée que dans deux ans nous ne serons plus concernées par l’obligation d’instruction. J’ai honte également quand je dis à ma fille que je préférerai qu’elle n’arrête pas la musique pour continuer à avoir l’autorisation sans rédiger un dossier de 50 pages (et entre nous, je sais que si elle voulait tout arrêter je la soutiendrai quand même). Je suis même jalouse quand je vois la situation plus facile dans d’autres pays.

Je suis aussi surprise du chemin parcouru. Hier, en discutant avec une maman du conservatoire de ma fille, son regard en apprenant que ma fille n’avait jamais été scolarisée m’a montré les années derrière moi. Le « vous avez raison » pendant les années maternelles, le « elle ira au collège » pendant les années suivantes, le « vous n’en avez pas marre de l’avoir à la maison » du début de l’adolescence. Et maintenant qu’elle étudie le programme du lycée, la surprise, l’absence de mots.
Mon autre reflet a été créé avec beaucoup trop de prétention, quand ma fille était trop jeune pour que je puisse vraiment partager une quelconque expérience, juste la réalité de notre quotidien. Le site ferme maintenant que j’ai l’impression d’être légitime mais aussi inutile. Me voilà sentimentale, je m’étale…

Une page se tourne.
Pourtant notre instruction en famille continue comme avant. En attendant le jour où elle ira probablement à l’école, après avoir eu son bac.

Humour IEF
Retournons les préjugés
Préjugé sur l'IEF
Qu’est-ce qu’on entend au fil des ans…

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